Une entente historique ou simplement de la rhétorique?

L’annonce de l’entente qualifiée d’historique entre les médecins omnipraticiens et le gouvernement ne pouvait pas mieux tomber : 48 heures plus tard, la Vérificatrice générale du Québec (VG) recommandait un traitement-choc dans la gestion des groupes de médecine familiale (GMF).

Avant même d’avoir à justifier d’importantes lacunes révélées par la VG, les principaux porte-étendards prenaient les devants pour rassurer la population québécoise sur le sérieux de la démarche d’ajustement et de déploiement des GMF qui s’amorcera dans les régions du Québec d’ici 2017.

A priori, cette entente annonce sans aucun doute des lendemains meilleurs en contraignant les médecins à améliorer leur pratique, en rationalisant les cibles d’inscription de patients et en garantissant que les patients jugés plus vulnérables, dont font partie les aînés en perte d’autonomie, seront vus et traités dans un délai de 30 jours. Pour illustrer l’ampleur de ce défi, la VG souligne qu’à l’heure actuelle les personnes inscrites à un guichet d’accès et ayant besoin d’une prise en charge médicale immédiate (moins de 30 jours) attendent en moyenne 13 mois, et parfois même jusqu’à 45 mois. La côte sera abrupte et éreintante. Aurons-nous les moyens de nos ambitions?

Rappelons que l’inscription à un guichet n’offre en principe aucune garantie d’accès aux soins en temps opportun. En ce sens, le rapport de la VG arrive à point, car au-delà des grandes annonces, il nous ramène au ras des pâquerettes en servant un sérieux avertissement : si les autorités régionales en santé et la structure gouvernementale qui les chapeaute ne sont pas plus transparentes, équitables et adaptées aux besoins réels de la population, la tension sera au comble dans le réseau et le patient, plein d’espoirs, pourrait avoir à déchanter rapidement.

Pour l’instant, laissons la chance aux coureurs, mais avec toutes les réserves que cela comporte. Entretemps, il sera intéressant de connaître rapidement le point de vue des autres professionnels de la santé en regard de cette entente décrite comme historique, car, malheureusement et encore une fois, ils ont confinés à l’arrière-scène.

Donald Tremblay, président de l’AQRP

29 mai 2015