Le Canada veut exclure la Russie du G20, qui ne regroupe pas que des anti-Poutine

Mike Blanchfield et Jim Bronskill, La Presse Canadienne
Le Canada veut exclure la Russie du G20, qui ne regroupe pas que des anti-Poutine

OTTAWA — La ministre canadienne des Affaires étrangères a déclaré lundi aux dirigeants indonésiens que Vladimir Poutine et son ministre des Affaires étrangères n’avaient plus leur place au prochain sommet du G20, prévu à Bali en novembre. 

Mélanie Joly a toutefois ajouté que le Canada s’était engagé à aider l’Indonésie à sauver ce sommet du G20. Les leaders devaient surtout discuter lors de ce sommet du rétablissement d’une économie mondiale durement éprouvée par la pandémie de COVID-19 — avant qu’une guerre majeure en Europe ne vienne brouiller l’ordre du jour.

«L’Indonésie est dans une position difficile, car clairement, la question de l’invasion de l’Ukraine par la Russie a détourné leur ordre du jour (du sommet) du G20. Nous voulons donc nous assurer que nous trouverons une solution constructive pour l’Indonésie», a déclaré lundi Mme Joly dans une entrevue exclusive depuis Jakarta.

La ministre venait alors de rencontrer le président indonésien, Joko Widodo, et le ministre des Affaires étrangères, Retno Marsudi. Le Canada venait aussi de cibler l’industrie de la défense russe dans sa plus récente série de sanctions contre Moscou.

Mme Joly a annoncé que les nouvelles mesures «imposent des restrictions à 33 entités du secteur de la défense russe», qui «ont fourni un soutien direct ou indirect à l’armée russe et sont donc complices de la douleur et de la souffrance résultant de la guerre insensée de Vladimir Poutine en Ukraine».

Depuis Jakarta, Mme Joly a affirmé qu’elle ne partagerait pas une table de réunion avec son homologue russe, Sergueï Lavrov. Le premier ministre Justin Trudeau a récemment indiqué la même chose concernant le président Poutine.

Le président américain, Joe Biden, a déclaré que la Russie devrait être expulsée de l’alliance des 20 pays (G20), mais si l’Indonésie ou d’autres pays ne sont pas d’accord, l’Ukraine devrait être autorisée à participer à ce 17e sommet.

Le G20 est une version élargie du G7: il comprend des pays non démocratiques comme la Russie, la Chine et l’Arabie saoudite, et d’autres grandes économies comme l’Inde et le Brésil. Ces pays n’ont pas critiqué l’invasion de l’Ukraine par les troupes de Vladimir Poutine.

Le G20 est le principal forum multilatéral pour traiter d’économie mondiale. M. Trudeau a déclaré que le président Poutine n’avait pas sa place à la table du G20 parce que son invasion est responsable, justement, de nuire à l’économie mondiale.

Instrument économique contre Moscou

Mme Joly n’a pas précisé lundi quel type de compromis pourrait être trouvé pour faciliter la vie de l’Indonésie en tant que présidente du G20 cette année, car la ministre a fait écho aux critiques de M. Trudeau concernant la participation de la Russie à l’alliance économique.

«Le G20 concerne la croissance économique. Et nous voulons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer qu’il n’y a absolument aucune croissance économique pour la Russie, a-t-elle déclaré. Mon objectif est de m’assurer que je ne suis pas assise à la même table que Lavrov, ni le premier ministre (avec Poutine).»

Les nouvelles sanctions annoncées lundi par Ottawa incluent des gels d’avoirs et des interdictions de transactions pour les 33 entités, dont l’Institut de physique et de technologie de Moscou, Integral SPB et Shipyard Vympel JSC.

Depuis le début de l’invasion russe, le 24 février, le Canada a imposé des sanctions à plus de 700 personnes et entités de Russie, d’Ukraine et du Bélarus. Depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, le Canada a imposé des sanctions à plus de 1100 personnes et entités.

La Russie a affirmé lundi qu’elle avait détruit plusieurs systèmes de défense aérienne ukrainiens dans le but d’acquérir la supériorité dans les airs et de lancer une nouvelle poussée sur l’est du pays.

Le maire de Marioupol, un port clé du sud qui est attaqué et encerclé depuis plus d’un mois, a indiqué lundi que plus de 10 000 civils avaient été tués lors du siège russe et que le nombre de morts pourrait dépasser les 20 000 une fois tous les corps récupérés et dénombrés.

Mme Joly a mentionné qu’il était «fondamental» que l’Ukraine reçoive plus d’armes de ses alliés occidentaux, y compris plus de capacité de défense aérienne pour «non seulement gagner la guerre, mais aussi sauver des vies».

«Notre objectif est d’annoncer des sanctions chaque semaine et de nous coordonner avec nos alliés», a-t-elle ajouté. «Il y aura plus de sanctions, donc ce n’est pas la fin. Nous devons nous assurer que nous arrêtons la machine de guerre de Poutine et c’est exactement pourquoi nous ciblons le secteur de la défense.»

Dans un message vidéo de fin de soirée, dimanche, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a affirmé que l’agression de la Russie «n’était pas destinée à se limiter à la seule Ukraine: l’ensemble du projet européen est une cible».

«C’est pourquoi ce n’est pas seulement le devoir moral de toutes les démocraties, de toutes les forces de l’Europe de soutenir le désir de paix de l’Ukraine», a déclaré M. Zelensky. 

— Avec des informations de l’Associated Press

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