Pénurie de pharmaciens au CIUSSS régional

Par Boris Chassagne | Initiative de journalisme local
Pénurie de pharmaciens au CIUSSS régional
François Paradis, président de l'Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. (Photo : courtoisie)

SANTÉ. L’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (A.P.E.S.) affirme que les établissements du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (MCQ) souffrent d’une pénurie chronique de pharmaciens. L’association sonne l’alarme et demande au gouvernement d’intervenir dans les plus brefs délais.

L’Enquête annuelle de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec réalisée en février 2020 révèle que 18 postes à temps complet sur les 92 postes disponibles sont demeurés non comblés dans les établissements du CIUSSS MCQ. On parle de 19 % des effectifs. Cette même pénurie est aussi constatée à l’échelle provinciale où il manquerait pas moins de 286 pharmaciens.

Selon l’A.P.E.S., la pénurie de pharmaciens d’établissements nuit à la couverture de soins offerte aux patients hospitalisés, ambulatoires et hébergés en CHSLD.

«Elle a pour effet  d’augmenter les risques d’incidents médicamenteux, d’allonger la durée moyenne des hospitalisations, des retours à l’urgence et des réhospitalisations et nuit à la qualité de vie des patients», précise M. François Paradis, président de l’A.P.E.S.

« Il faut bien comprendre le travail que font les pharmaciens. Ils supervisent, d’une part, la préparation et la distribution des médicaments au moment opportun et de façon sécuritaire. Ils sont aussi proches des unités de soins pour revoir la thérapie médicamenteuse des patients, à la recherche d’interactions et d’effets indésirables. Le pharmacien va même essayer de déprescrire les posologies médicamenteuses », explique François Paradis.

Mais les chiffres avancés par le CIUSSS MCQ semblent contredire les prétentions de l’A.P.E.S. Le CIUSSS MCQ affirme tabler depuis trois ans sur une hausse du nombre de postes à temps complet.

«Quatorze pharmaciens à temps complet viendront d’ici deux mois combler des postes dans les quatre grands centres d’activités, dont neuf à Trois-Rivières (six au CHAUR, trois à Cloutier) et deux à Shawinigan», note le CIUSSS MCQ. Trois autres pharmaciens seront aussi embauchés à Victoriaville et Drummondville.

Le CIUSSS MCQ qui dit aussi embaucher des étudiants en période estivale et pendant l’année pour soutenir les pharmaciens sur le terrain.  Si le compte est bon, il ne resterait que quatre postes à combler sur les 18 que recense l’enquête de l’A.P.E.S.

Le président de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec reconnaît que  la situation a pu évoluer dans certaines régions, parfois en mieux, parfois en moins bien. «Je pense que c’est vrai qu’ils (CIUSSS) ont réussi à faire du recrutement de façon intéressante. Il y a une fragilité qui demeure, on n’est pas à l’abri d’un départ à la retraite, d’un congé parental prolongé. »

Nul doute que ce cri du cœur est intimement lié aux négociations qui achoppent entre les pharmaciens d’établissements et le gouvernement du Québec. Les pharmaciens qui sont depuis le 31 mars 2020 privés d’une entente de travail.

L’écart salarial qui s’était creusé depuis quinze ans entre les pharmaciens du secteur public et privé s’est presque résorbé, avec un taux horaire avoisinant les 52 $ l’heure. Ceci, à la faveur de mesures temporaires qui s’éternisent.

«En Mauricie/Centre-du-Québec, 20 % de la rémunération des pharmaciens d’établissements repose depuis presque dix ans sur ces mesures dites temporaires. Et elles ont été remises en question par trois fois au cours de la dernière année», souligne François Paradis. «Il est temps  de mettre fin à l’incertitude entourant les conditions des pharmaciens d’établissements. On est prêts à s’asseoir avec le gouvernement pour favoriser le recrutement de jeunes pharmaciens dans le réseau de la santé ».

Pour l’A.P.E.S., cette négociation  est une occasion à saisir pour accroître la capacité du réseau et intéresser la relève. Cela passe notamment par la fiabilité de la rémunération, conclut M. Paradis.

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