Moratoire sur la pêche à la perchaude: «pas question de baisser les bras»

Moratoire sur la pêche à la perchaude: «pas question de baisser les bras»
Jean Lévesque, président de l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre. (Photo : Pier-Olivier Gagnon)

Moratoire sur la pêche à la perchaude

PÊCHE. L’Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre (APLSP) réclame, depuis plusieurs années, la levée partielle du moratoire sur la pêche à la perchaude, notamment pour les pêcheurs sportifs.

Ce moratoire, imposé par le gouvernement en 2012, a été reconduit en 2017 pour une période de cinq ans.

Selon le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), cette mesure était nécessaire pour assurer la protection des reproducteurs et pour tenter de renverser la chute importante du nombre de perchaudes qui s’est amorcée au milieu des années 90. Malgré des améliorations, les études réalisées au cours des cinq premières années du moratoire démontrent que la perchaude ne s’est pas suffisamment rétablie pour permettre la reprise de la pêche de manière durable sur le lac Saint-Pierre. La population de perchaudes demeure fragile et se trouve dans une situation précaire.

«La population de perchaudes est actuellement dans un processus de lente reconstruction et demeure dans un état préoccupant au lac Saint-Pierre. Elle est vieillissante et son taux de mortalité est élevé, même en l’absence de pêche. La capacité du lac à produire de nouvelles perchaudes a diminué considérablement en raison de la détérioration des habitats, ce qui ralentit leur rétablissement», indique le MFFP.

La gestion en cause

L’Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre, avec la collaboration du biologiste Raymond Faucher, a publié au début du mois de février un cinquième fascicule intitulé «Une gestion gravement malade». Ce document vient de nouveau contredire les conclusions du Comité aviseur scientifique sur la gestion de la perchaude au lac Saint-Pierre, présidé par Pierre Magnan, professeur au Département des sciences de l’Environnement à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie des eaux douces.

Dans son analyse de la situation, l’APLSP juge que la gestion de la pêche sportive au lac Saint-Pierre constitue un problème majeur. De plus, elle remet en doute les outils et données utilisés par le comité dans sa propre étude. «Cela fait maintenant 25 ans que le stock de perchaudes est en déclin et les gestionnaires imputables ont été incapables de freiner ce déclin et d’en identifier la cause. Au cours de la même période, l’Ontario et l’État de New-York ont réussi à restaurer d’importantes pêcheries de perchaudes sans en interdire la pratique. Au Québec, on n’a rien trouvé de plus intelligent et créatif que d’interdire complètement la pêche à la perchaude. C’est une situation pour le moins gênante pour le ministère. Aucun des outils utilisés n’a produit les résultats escomptés malgré les sommes d’argent considérables investies en études et en services au MFFP et par des consultants aviseurs», déplore Jean Lévesque, président de l’APLSP.

Pêche sportive: aucun impact

D’après cette même analyse, M. Lévesque révèle que les résultats des études réalisées au lac Saint-Pierre démontrent que le retrait partiel du moratoire sur la pêche sportive n’aurait pas d’effet perceptible sur la pérennité du stock de perchaudes sur ce plan d’eau. «Ils exagèrent et entretiennent volontairement dans le discours des supposés problèmes au sujet de la perchaude pour soutirer des millions de dollars au gouvernement en trompant les politiciens», reproche l’association.

Une espèce qui s’adapte

Dans ses arguments, l’APLSP fait valoir que la perchaude s’adapte facilement à tout type d’environnement. «La perchaude figure parmi les espèces les plus évoluées et les plus hautement adaptable en Amérique du Nord. Pêches et Océans Canada classe la perchaude comme espèce envahissante. Cette espèce très tolérante est capable de se reproduire et de se développer dans les milieux aquatiques les plus perturbés. La seule façon de réduire la perchaude, c’est par un prélèvement par les pêches et par les prédateurs naturels», avance Jean Lévesque.

Des conséquences économiques importantes

Pour la période de 2012 à 2020, l’APLSP évalue les pertes économiques et touristiques du moratoire sur la pêche à la perchaude à près de 80 millions$ pour la région.

«C’est énorme! Nous avions 2500 cabanes à pêche sur le lac en 2013 et il en reste un peu moins de 500», rapporte Jean Lévesque.

Celui-ci est aussi d’avis que l’interdiction de pêcher avec des poissons-appâts vivants aura eu raison de la passion de milliers de pêcheurs sportifs. «Les ventes de permis ont grandement diminué et on perd notre relève. Le gouvernement a vraiment détruit la pêche sportive au lac Saint-Pierre et ç’a de graves conséquences», déclare-t-il.

Devant ces constats, M. Lévesque poursuit sa bataille. «Quatorze municipalités ont accepté par voie de résolution de nous appuyer pour demander au ministère et au ministre de réviser leur position compte tenu des retombées économiques et des impacts sur la relève des pêcheurs. Ce n’est pas dans notre intention de baisser les bras. On tente de faire valoir nos arguments au nouveau gouvernement», soutient-il.

L’APLSP travaille avec les députés de la région pour faire avancer le dossier. «Nos députés sont sensibles à la cause. On a eu plusieurs rencontres avec eux, mais c’est compliqué de faire avancer le dossier, car les biologistes sont campés sur leur position. Nous sommes capables de les confronter et ils n’aiment pas ça. Ils commettent des erreurs importantes. Ça fait huit ans qu’on se bat, mais il y a une fin de non-recevoir tout le temps. On garde espoir d’être entendu un jour», confie M. Lévesque en ciblant la présence des cormorans en grande quantité comme principale cause du déclin de la perchaude au lac Saint-Pierre.

À cet effet, il estime que le gouvernement doit rapidement mettre en place des mesures pour favoriser le contrôle, l’abattage et/ou l’effarouchement des cormorans, un peu comme s’apprête à le faire l’Ontario. «C’est le principal obstacle à la restauration de la perchaude. Le cormoran est un important prédateur pour les jeunes perchaudes. Près de 6 000 cormorans consomment de quatre à six millions de perchaudes dans la région», fait-il remarquer.

L’Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre a été fondée en 2013 en réaction au moratoire sur la pêche à la perchaude.

 

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