Maskicom se dit victime de concurrence déloyale

Maskicom se dit victime de concurrence déloyale
Josée Magny, mairesse de Saint-Mathieu-du-Parc et secrétaire-trésorière de Maskicom, Robert Lalonde, maire de Saint-Léon-le-Grand, préfet de la MRC de Maskinongé et président de Maskicom ainsi que Roger Michaud, maire de Maskinongé et vice-président de Maskicom. (Photo : Photo Pier-Olivier Gagnon)

TECHNOLOGIE. L’arrivée de Maskicom dans le monde des télécommunications ne semble pas plaire aux grands joueurs de cette industrie, dont Bell.

Maskicom, un organisme à but non lucratif (OBNL) fondé par la MRC de Maskinongé, dont le rôle est, entre autres, de fournir Internet haute vitesse à près de 4 900 foyers situés dans les zones orphelines de la région, est actuellement confronté à des agissements répétés de Bell qui ont pour effet de ralentir le projet régional de déploiement de la fibre optique sur le territoire.

Lors d’une rencontre avec les médias, la semaine dernière, le président de Maskicom a dénoncé l’attitude de Bell et considère que l’entreprise lui met des bâtons dans les roues.

«Malgré plusieurs rencontres et échanges avec des représentants de Bell, l’entreprise semble faire preuve de mauvaise foi et de concurrence déloyale. Par ses actions, elle retarde indûment notre projet et prive nos citoyens d’un service Internet haute vitesse abordable», mentionne Robert Lalonde.

En imposant des délais pour l’émission des permis et en évitant de réparer rapidement des problématiques identifiées sur les poteaux, Bell empêche Maskicom de déployer sa fibre optique et d’avancer au rythme souhaité.

«Nous avons entre 11 000 et 12 000 poteaux à faire. Les poteaux appartiennent à Hydro-Québec, mais c’est Bell qui est responsable des permis. En faisant de l’obstruction systématique, ils nous empêchent de passer», raconte M. Lalonde.

Maskicom se dit pourtant prêt à déployer ses 600 kilomètres de fibre optique afin de couvrir les zones ciblées, mais Bell refuserait d’accorder tous les permis nécessaires.

«Dans ma municipalité, par exemple, l’entreprise a évoqué le fait que des travaux de réparation et de mise à niveau devaient être réalisés sur certains poteaux, mais sur ces mêmes poteaux, Bell déroule sa fibre optique après nous avoir fait parvenir des refus pour offrir le service en premier, et ce, sans régler les embûches sur les poteaux. Déjà que Bell est en conflit d’intérêt flagrant en étant juge et partie, elle transgresse en plus ses propres règlements», explique Josée Magny, mairesse de Saint-Mathieu-du-Parc et secrétaire-trésorière de Maskicom.

Selon les prévisions de Maskicom, pas moins de 1 200 clients devaient être branchés à Internet haut débit à l’heure actuelle dans le secteur de Saint-Mathieu-du-Parc, mais ce ne sont finalement que neuf clients qui ont accès au service. «Si Bell pense être un bon citoyen corporatif, l’entreprise ne l’est pas en agissant de la sorte. Ça nous retarde beaucoup. On a de la misère à traverser notre propre territoire. Bell est venu s’immiscer dans le dossier pour nous nuire et nuire à notre développement», exprime le président de Maskicom.

Robert Lalonde se questionne d’ailleurs sur l’intérêt soudain de Bell pour le marché de la MRC de Maskinongé alors que ce géant des télécommunications n’avait pas levé la main lorsque les gouvernements ont offert des subventions.

@ST:Bell s’explique

@R:En réponse à une requête adressée par l’Écho de Maskinongé, Bell reconnait que le processus peut parfois être long et contraignant pour ce type de projet, mais indique respecter le cadre réglementaire du CRTC pour l’accès aux poteaux téléphoniques. «Les demandeurs comme Maskicom qui demandent l’accès à des poteaux doivent soumettre des informations détaillées sur le type d’installation qu’ils proposent. Étant donné que de nombreux poteaux sont partagés avec des entreprises de services publics et d’autres fournisseurs de services, une analyse complète doit être effectuée pour garantir qu’un poteau peut supporter des équipements supplémentaires. Dans de nombreux cas, les poteaux doivent être renforcés ou même remplacés pour accueillir de nouveaux équipements et tous les candidats sont tenus de payer une partie de ce travail préparatoire», répond Caroline Audet, gestionnaire principale des relations avec les médias chez Bell.

«La conception technique, en fonction de la complexité du projet, avec le consentement de toutes les parties impliquées, peut parfois être un processus long. Une fois toutes les approbations accordées pour un projet, toutes les entreprises impliquées dans le projet de construction entament les travaux requis», ajoute-t-elle.

Maskicom interpelle les gouvernements

Maskicom a récemment fait parvenir au gouvernement du Québec un rapport documentant la situation actuelle. Les représentants de l’organisme réclament une intervention rapide des gouvernements afin de dénouer l’impasse. Des discussions ont déjà eu lieu avec le député libéral de Saint-Maurice-Champlain et ministre François-Philippe Champagne. Une rencontre est aussi souhaitée avec le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains.

Innovation, Sciences et Développement économique Canada et le ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec ont accordé une subvention de 10,4 M$ à Maskicom, en 2017, et l’organisme a jusqu’au 31 mars 2021 pour réaliser son projet.

Les travaux de déploiement se poursuivent au ralenti, au rythme de l’obtention des permis. Robert Lalonde prévoit demander un prolongement et une compensation financière aux gouvernements. Il n’écarte pas non plus la possibilité de faire une plainte au Bureau de la concurrence au sujet du comportement de Bell dans ce dossier.

Suivez Pier-Olivier Gagnon sur Twitter: @POGagnon

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