L’histoire oubliée d’une expropriation…

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Par _L'Écho de Maskinongé

Si vous fréquentez le parc national de la Mauricie et que vous avez vos habitudes du côté de Saint-Mathieu-du-Parc, sûrement aurez-vous remarqué un chalet en bois ronds, accessible via un petit sentier qu’on emprunte près du stationnement.

Juchant le lac Wapizagonke, le bâtiment centenaire sert aujourd’hui de gîte pour les employés saisonniers du parc.

Les plus vieux le surnomment la Maison Vallerand, du nom de sa dernière propriétaire: Claudine Vallerand. Et ici, les plus plus vieux reconnaîtront Maman Fonfon, la première animatrice d’émissions pour enfants de l’histoire de la télévision québécoise dans les années 1950.

La création du parc national de la Mauricie en 1970 a exigé l’expropriation d’une vingtaine de propriétés du côté de Saint-Mathieu. Officiellement, tout s’est déroulé sans heurt. Rien à voir avec le drame qui s’est joué la même année en Gaspésie, lors de la mise sur pied du parc Forillon.

L’année dernière, le gouvernement fédéral a ordonné aux directions de ses parcs nationaux de dépoussiérer leurs archives afin de vérifier si des «injustices» avaient pu être commises.

Si tel était le cas, aux propriétaires déchus ou leurs descendants (enfants et petits-enfants) seraient accordés des laissez-passer leur donnant droit à entrer gratuitement, leur vie durant, dans le parc érigé sur leur ancienne propriété.

Le directeur du parc de la Mauricie, Thierry Bouin, a fait son travail cet hiver et tout est dans les règles. C’est-à-dire que les bâtiments basés à Saint-Mathieu étaient tous des chalets saisonniers tandis que l’ordonnance gouvernementale ne s’applique qu’aux résidences principales.

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En septembre dernier, j’ai rédigé un article sur ces expropriations. Quelques semaines plus tard, la petite-fille de la dernière propriétaire, Josée Vallerand, de Montréal, a écrit ce commentaire suite à mon reportage:

«Malgré ce que peuvent penser les gens du gouvernement, cette maison, où toute ma famille a vécu, frères et cousins, reste dans nos cœurs comme une perte immense. Je rêve encore très souvent qu’on nous la rende, C’était notre maison avec notre histoire qui en faisait partie et qu’on nous a arraché. Nous étions à un bout du parc, le gouvernement aurait très bien pu nous laisser là et faire dévier la limite du parc, mais je pense que nous n’avions pas ce qu’il fallait pour se battre.»

Intrigué, j’ai communiqué avec l’auteure qui m’a envoyé des photos souvenirs de leur chalet ainsi que quelques notes sur ce triste épisode.

Il faut savoir que les membres de la famille élargie des  Vallerand (Boyer-Simard) ont côtoyé les cercles du pouvoir politique et financier du Québec durant une bonne partie du XXe siècle.

La Maison Vallerand appartenait officiellement à la famille depuis 1925. Elle avait été acquise par Antoinette Boyer Simard, la mère de Claudine Simard Vallerand. Mme Boyer était elle, la fille de Louis-Alphonse Boyer qui était lui-aussi un habitué de l’endroit depuis le début du siècle.

Homme d’affaires prospère, député fédéral et l’un des fondateurs des clubs de chasse et pêche dans la région,  ce M. Boyer était un intime de John A. McDonald, le premier premier ministre du Canada qui serait venu taquiner le poisson au lac Wapizagonke en sa compagnie.

Mme Antoinette Boyer Simard était également l’épouse de Georges Aimé Simard qui fut entre autres consul général du Canada en Roumanie et président de la Régie des alcools du Québec mais surtout membre des clubs de chasse Laurentien et Shawinigan.

On comprend avec cette historique que Maman Fonfon se soit beaucoup débattue à l’époque contre cette décision même si les 63 000$ qui lui ont été accordés comme dédommagement représentaient une grosse somme à l’époque.

Son fils, le juge Claude Vallerand – le père de Josée – avait même été jusqu’à écrire une lettre au ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, le p’tit gars de Shawinigan lui-même, qui était alors responsable des parcs nationaux, pour tenter de le convaincre d’exclure la propriété de sa mère. En vain.

Une fois seulement depuis 1970, Josée Vallerand est revenue sur les lieux du «crime». Cet été, elle se promet une virée en kayak sur le lac Wapizagonke avec ses enfants.

Pour une dernière fois peut-être cet été, elle aimerait bien ouvrir la porte de la Maison Vallerand pour que la 6e génération puisse, elle-aussi, conserver un souvenir de ce patrimonial familial dérobé il y a 40 ans.

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