De fausses publicités pour combattre un vrai problème

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Par Marie-Eve B. Alarie
De fausses publicités pour combattre un vrai problème
Sébastien Bois, intervenant en défense de droits des consommateurs au SAC de la Mauricie (Photo : Sandra Lacroix)

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Le Service d’aide au consommateur (SAC) de la Mauricie a décidé de combattre le feu par le feu. Afin de sensibiliser la population de la région sur les prêts à coûts élevés et la vente itinérante, l’organisation diffuse deux fausses publicités sur Internet.

Obtenez 100$ à 1% d’intérêt. Sans enquête de crédit / approbation garantie. Gagnez 10 000$ pour votre maison – Bilan énergétique gratuit. C’est le genre de publicité que l’on voit souvent sur les réseaux sociaux et desquelles s’inspire l’audacieuse campagne du Service d’aide au consommateur.

Car ces offres qui semblent alléchantes au premier regard pourraient cacher autre chose, fait remarquer Sébastien Bois, intervenant en défense de droits des consommateurs au SAC de la Mauricie.

«Il y a beaucoup de publicités du genre qui circulent. On s’est rendu compte que beaucoup de gens nous appelaient après avoir cliqué sur des publicités comme celles-là. On a alors décidé d’adopter la même approche. On voulait aussi rejoindre des gens qui sont moins habitués à aller chercher l’information ou que l’on arrive moins à sensibiliser. Parfois, ce type de publicité cache de la fraude ou des offres qui frôlent la légalité», explique-t-il.

En deux semaines, les deux fausses publicités ont rejoint plus de 32 000 personnes sur Facebook, amenant 356 personnes à cliquer sur le lien.

Ce lien les menait à une page Web de sensibilisation du Service d’aide au consommateur sur laquelle on retrouve divers conseils et mises en garde, les ressources d’aide disponibles sur le territoire, ainsi qu’un résumé des droits et recours concernant les prêts rapides, que l’offre soit faite en ligne ou dans le cadre de vente itinérante plus traditionnelle.

«En ce moment, on en voit beaucoup pour des produits d’efficacité énergétique comme les thermopompes et de l’isolation, mais aussi pour des travaux d’asphaltage d’entrée, de réfection de toitures ou encore de décontamination de terrains, indique Sébastien Bois. Avant, la vente itinérante, c’était un vendeur avec sa collection d’encyclopédies dans une valise. Aujourd’hui, ça se passe aussi sur Facebook et par téléphone. On voit des abus. Il y a eu 40% plus de cas de fraude sur Internet depuis le début de la pandémie.»

M. Bois remarque d’ailleurs que la règlementation qui s’applique à la vente itinérante est moins adaptée au web. Le Service d’aide au consommateur de la Mauricie milite également pour de nouvelles mesures d’encadrement sur la vente itinérante et les prêts à coûts élevés.

«C’est arrivé plusieurs fois qu’on voyait une entreprise demander un permis de vente itinérante, demander un dépôt d’argent aux clients, fermer leurs portes. Des poursuites étaient intentées. Les permis ne sont pas enlevés si facilement que ça, même si on faisait beaucoup de plaintes sur des compagnies en particulier. Ça demande vraiment un meilleur encadrement», plaide-t-il.

«Par exemple, quand la publicité fait état d’une économie d’énergie de 75% sur la facture d’Hydro-Québec grâce à son produit, c’est de la fausse représentation, poursuit M. Bois. Il faudrait que les permis puissent être retirés plus rapidement quand il y a des plaintes.»

Il n’est pas rare que les contrats soient signés sous pression, voire sous des menaces.

«Je pense aussi à un cas survenu à Shawinigan. La personne s’était fait dire qu’elle perdrait sa maison si elle ne signait pas le contrat immédiatement parce que le vendeur dirait que sa maison est contaminée, que des enfants y vivent… La personne est rendue à 3000$ de frais d’avocat pour faire enlever l’hypothèque légale.»

Encore beaucoup de méconnaissance

L’intervenant en défense de droits des consommateurs au SAC de la Mauricie remarque aussi que la population en général est peu au courant de leurs droits dans les cas de vente itinérante et de prêts à coûts élevés.

L’Office de protection du consommateur établit un taux de crédit abusif à 35%. M. Bois dit avoir déjà vu des taux de l’ordre de 110% en raison d’ajout de divers frais, tels que des frais d’endossement, d’extension, de fermeture de dossier, de prélèves automatiques et des intérêts.

«Des fois, les gens paient le double ou le triple du montant pour un produit ou pour un prêt. Pour un consommateur, c’est la maison des fous d’Astérix pour faire valoir ses droits, parfois, devant ces compagnies. L’accès à la justice n’est pas évident non plus pour ces dossiers», souligne-t-il.

Pour contourner la loi, les compagnies de prêts rapides utilisent d’autres termes pour ajouter des frais à votre prêt, indique le SAC Mauricie sur son site Web: frais d’administration, de caution, d’autorisation, d’adhésion, d’endossement, d’extension, de service, de vérification, d’honoraires, de prélèvement, de fermeture, d’expédition, etc.

«Quand l’offre est trop belle pour être vraie, on devrait se méfier. C’est important de prendre le temps de magasiner les prix. Ça vaut la peine de vérifier ailleurs. On ne le répètera jamais assez : il faut lire le contrat avant de signer. En cas de besoin, les gens peuvent nous appeler au Service d’aide au consommateur. Le Centre d’intervention budgétaire et social de la Mauricie (CIBES) offre aussi des services en ce sens», conclut Sébastien Bois.

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