Ramer et danser avec les blocs de glace

CANOT.  Dans le canot à glace, il n’y a rien de tracé d’avance, c’est le fleuve qui décide. Les glaces bougent. Et au milieu de ce casse-tête hivernal, une équipe de la Mauricie apprend à lire le courant pour danser au travers de la glace. Provenant de partout dans la région, l’équipe des Cramponniers Usiforme de la Mauricie du capitaine Éric Brouillette de Saint-Boniface tente de faire sa marque sur le circuit provincial.

L’aventure a commencé du côté de Charlevoix pour Éric Brouillette. “J’ai habité là une douzaine d’années. L’hiver, il y a le hockey, oui, mais il y a aussi le canot à glace. C’est historique, ça part de là, de Québec, de la Beauce, de Charlevoix”, raconte-t-il.

Un ami lui lance : “Tu fais du vélo de montagne, tu vas aimer ça.” Cinq ans plus tard, la passion est bien installée.

En 2019, installé en Mauricie, le hasard frappe à l’heure du dîner. Un chandail de canot à glace attire l’attention. “À Trois-Rivières, on cherche du monde”, lui dit-on. Le mercredi suivant, il est à l’eau. Rapidement, on lui propose les compétitions. L’expérience parle.

Puis il y a l’achat du canot. La pandémie. Les réparations. Les parts rachetées. L’équipe qui se transforme. Depuis deux ans, la formation porte sa signature.

Une équipe homogène

Aujourd’hui, les Cramponniers Usiforme de la Mauricie – Usiforme étant le nom de son entreprise – regroupent notamment Étienne Saint-Pierre (Bécancour), Joël Lamontagne (Cap-de-la-Madeleine), Stéphanie Lapointe (Saint-Barnabé), Karine Gentès (Grandes-Piles) et Ève Chamberland (Shawinigan), réserviste.

Les membres de l’équipe de la Mauricie: Joël Lamontagne, Éric Brouillette, Karine Gentes, Stéphanie Lapointe et Étienne St-Pierre.

“Idéalement, on serait cinq tout le temps. Mais il y a les rhumes, les blessures, la vie. Ce n’est pas juste être fort. Il faut une synergie.”

Brouillette a occupé toutes les positions dans le canot. Aujourd’hui barreur, il sait ce que ses coéquipiers vivent à l’avant. “Je sais comment ils réagissent à une commande. On marche ensemble.”

Cette homogénéité change tout. Les sorties sont passées de 8-10 km à 12-16 km, dans le plaisir. L’énergie circule. L’objectif est partagé.

Un sport pas comme les autres

Le canot à glace ne ressemble à rien d’autre.

“Une course à pied, c’est la ligne droite la plus courte. Ici, ce n’est presque jamais ça. Le fleuve est large, les banquises descendent. C’est comme un Tétris qui bouge tout le temps”, image le capitaine de l’équipe.

Suivre un bloc de glace peut réduire la résistance de l’eau. Une ouverture se crée et, en 15 secondes, tout le classement peut basculer.

Les canotiers alternent entre deux mondes: la rame et la trottinette. Quand l’eau domine, on rame avec une longue rame en fibre de carbone, inspirée des avirons olympiques, munie d’un pic pour mordre la glace. Quand la banquise prend le dessus, une jambe hors du canot, on pousse et le canot devient un immense ski.

Le dessous de l’embarcation? Farté comme un ski de fond. “On met la même cire que pour le skating. Il faut que ça glisse.”

Le circuit provincial

Cette saison, six courses composent le calendrier: le Bic à Rimouski, le Carnaval de Québec, la Grande Traversée de l’Isle-aux-Coudres, puis Tigidou (île d’Orléans), Lévis et Portneuf.

Au classement général, après trois épreuves, les Cramponniers naviguent autour de la troisième place sur une vingtaine d’équipes.

Le meilleur résultat: une troisième position. À Charlevoix, l’équipe pointait deuxième à mi-parcours… malgré une rame cassée au premier cinquième du trajet. ” On était encore deuxièmes à la mi-course, mais au retour on s’est un peu perdus.”

Le danger est proche, mais la sécurité est omniprésente: vestes de flottaison, parcours définis, communication avec la garde côtière.

“C’est un privilège d’aller sur le fleuve l’hiver. On n’est pas censé partir en chaloupe. Nous, c’est toléré… mais il faut être structuré.”

Les pratiques se font sous le pont Laviolette ou vers Nicolet, parfois jusqu’à Grandes-Piles pour équilibrer les déplacements des membres. Après la saison, place aux expéditions pour le plaisir des membres de l’équipe.

L’objectif

Consolider cette place dans le top 3. Continuer de bâtir sur cette stabilité toute récente.

“Quand tu as du monde qui a le même objectif sportif, ça change tout. On se rejoint. L’énergie est bonne.”