Quand une course de 160 km devient un voyage familial
SAINT-BONIFACE. Le Bonifacien Samuel Frigon s’apprête à replonger dans un défi à la mesure de sa passion: une épreuve de 160 kilomètres (100 miles) en sentier, au cœur du nord de la Californie, sur un parcours mythique empruntant le Western State Trail. L’événement, The Canyon Endurance Run, se tiendra à la fin avril. Une distance vertigineuse, accompagnée de 5000 à 6000 mètres de dénivelé positif.
Mais pour lui, la grandeur du défi ne se mesure pas qu’en chiffres. « Un 100 miles, c’est comme un casse-tête, explique-t-il. Tu dois placer les morceaux pour que tout fonctionne. La nutrition, le rythme, les pauses… si tu te trompes, ça ne pardonne pas. »
Dans l’univers de l’ultra-trail, les repères traditionnels disparaissent. On ne parle plus seulement de kilomètres, mais d’heures passées en mouvement. Là où certains voient une différence notable entre 160 et 180 kilomètres, Samuel Frigon nuance.
« C’est plus en nombre d’heures sur les jambes. En Europe, j’ai déjà fait des courses autour de 30 heures. Celle-là, j’en vise moins de 24. »
Le terrain californien propose d’ailleurs un défi bien différent de celui des Alpes. Ici, pas de sommets vertigineux à gravir, mais des descentes et remontées à travers des canyons, dans une forêt typique du nord de la Californie. Un décor « super beau, super propre », dit-il, qui contraste avec les sentiers plus techniques et abrupts de l’Europe.
L’appel du Mont-Blanc
Derrière cette participation se cache aussi un objectif à plus long terme: se redonner accès au tirage au sort du Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), considéré par plusieurs comme le sommet du trail mondial, lui qui a participé à cette course mythique à deux reprises. « C’est comme le marathon de Boston pour la route, dit-il. Pour moi, c’est la plus belle course de trail au monde. »
En complétant cette course qualificative, Frigon pourra soumettre sa candidature pour les éditions 2027 et 2028. Un rêve qui persiste, sans devenir une obsession.
Entre performance et équilibre
Chez Samuel Frigon, la quête dépasse largement la performance. Elle s’inscrit dans une recherche d’équilibre entre sport, travail et vie familiale.
Ce voyage en Californie en est d’ailleurs la preuve: il sera vécu en famille, autant comme une aventure humaine que sportive. « C’est important pour moi que ça reste un équilibre. Je fais ça pour me dépasser, oui, mais aussi pour partager du temps avec les miens. »
Cette philosophie influence même sa façon de s’entraîner. Loin des excès, il privilégie des cycles structurés, où le repos occupe une place essentielle. « Le repos fait partie de l’entraînement », insiste-t-il.
S’entraîner ici pour performer ailleurs
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, nul besoin de montagnes gigantesques pour se préparer à de tels défis.
Entre la station Vallée du Parc, le Parc national de la Mauricie et le Sentier national, il bâtit sa forme sur des terrains bien de chez nous, en plus de parfois partir en famille vers des destinations comme le Mont-Sainte-Anne ou Bromont pour ajouter du dénivelé.
« Je dis souvent en blague que je m’entraîne ici pour aller monter des montagnes en Europe. Mais ça marche. »
Ce qui anime Samuel Frigon, c’est cette capacité du corps humain à s’adapter, à repousser ses propres limites. « C’est fascinant de voir jusqu’où on peut aller. La fierté, elle n’est pas par rapport aux autres. Elle est personnelle. »
