Production d’insectes comestibles à Louiseville

Production d’insectes comestibles à Louiseville

Gabriel Dubois et Samuel Richard dans leur local de l'incubateur industriel de la MRC de Maskinongé. (Absent lors de la photo: Jonathan Joly)

Crédit photo : Photo Pier-Olivier Gagnon

ÉCONOMIE. Une entreprise pionnière dans son domaine et au potentiel énorme vient de s’installer dans l’incubateur industriel de la MRC de Maskinongé à Louiseville.

Trois étudiants en biologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières se sont unis pour lancer l’entreprise Insectivores qui se spécialisera dans l’élevage, la transformation et la vente d’insectes. Les propriétaires ont d’ailleurs déjà débuté l’élevage de plus de 35 000 vers de farine et souhaitent éventuellement intégrer à cette production les grillons et les criquets.

«J’avais vu il y a environ trois ans tout le potentiel de me lancer en affaires dans ce domaine. Par contre, c’était embryonnaire comme idée. Quand j’ai rencontré mes partenaires à l’université, on partageait le même intérêt, la même passion et nous avons décidé de se lancer officiellement», explique Samuel Richard, l’un des promoteurs.

Projet peu commun

L’entreprise Insectivores consiste à faire la production industrielle d’insectes pour des fins de consommation animale et humaine. Si l’entreprise se trouve dans la première phase expérimentale de son projet, elle croit se lancer rapidement dans la transformation et la vente. «Nous allons bientôt augmenter notre production à 2,5 millions d’insectes par mois. La reproduction des insectes est exponentielle. On s’attend à atteindre cet objectif d’ici la fin de l’année en intégrant un nouveau local mieux adapté dans le bâtiment de la MRC. Le local qu’on possède présentement sert de laboratoire», ajoute M. Richard.

Les trois jeunes entrepreneurs mènent actuellement leur étude de marché, élabore leur plan d’affaires et mettent sur papier les meilleures stratégies dans le but de percer dans le marché québécois de l’alimentation. «On veut d’abord commencer par vendre les insectes entiers à des animaleries pour nourrir les reptiles. Puis, ensuite, on veut s’implanter dans le marché de l’alimentation animale. On peut nourrir des canards et des poulets avec des vers de farine. On vise aussi la nourriture pour les chats et les chiens. Il y a vraiment des bienfaits sur le développement de ces animaux. On aimerait vraiment devenir le plus gros producteur au Québec», partage Samuel Richard.

Ultimement, cette entreprise aimerait commercialiser des produits à base d’insectes pour la consommation humaine. «On pense commencer par la fabrication de farine d’insectes parce que ça s’incorpore à n’importe lequel des produits, soit dans les pâtisseries, des barres tendres, de la sauce à spaghetti ou du pain. C’est riche en protéines, en vitamines et en Omega 3. On regarde également le marché de la nutrition pour l’entraînement physique», révèle pour sa part Gabriel Dubois en affirmant que son entreprise n’entend produire aucun déchet. «On réutilise notre ancien substrat pour faire pousser nos nouveaux légumes et ensuite on nourrit nos vers avec nos légumes. C’est un engrais biologique».

Mentalité

Les propriétaires d’Insectivores conviennent que le défi de faire croître leur entreprise est important dans un marché où ces aliments à base d’insectes ne sont pas populaires et que les efforts seront considérables pour changer la mentalité. «Les gens pensent que les insectes sont dangereux, qu’ils piquent ou qu’ils mordent. Ils ont peur et sont réfractaires sans vraiment savoir les bienfaits que la majorité des insectes peuvent avoir. En général, on retrouve uniquement 4 % d’insectes nocifs pour la santé humaine. Il y a de l’éducation à faire et de la sensibilisation. Ça fait partie de notre projet», reconnait M. Dubois, lui qui prévoit présenter des conférences et des ateliers dans les écoles de la région.

Normes

Dans ce domaine, la Fédération des producteurs d’insectes comestibles du Québec est chargée de rassembler et d’encadrer les producteurs dans la mise en marché des produits afin de répondre aux attentes de la société. Pour le moment, ni le MAPAQ, ni aucun autre ministère provincial n’est en mesure de fixer des obligations à l’entreprise. «Actuellement, il n’y a pas vraiment de règle à suivre pour l’élevage d’insectes au Québec. C’est un créneau méconnu. Nous sommes pionniers dans ce domaine. En partenariat avec le MAPAQ et la fédération, nous allons développer et bâtir la règlementation. Nous sommes les seuls au Québec qui fera l’élevage, la transformation et la vente. D’autres entreprises semblables existent, mais elles ne produisent pas. Elles font l’importation des insectes avant d’en faire la transformation et la commercialisation», fait remarquer M. Richard.

« Un choix stratégique »

Les étudiants de l’UQTR ont décidé de développer leur projet d’affaires à Louiseville et ce n’est pas un hasard. «C’est fou comment la MRC de Maskinongé nous a aidés dans notre projet. On sent que notre projet innovant est important dans la tête des gens de la MRC alors qu’ailleurs on pourrait être un projet parmi tant d’autres et ne pas avoir le soutien nécessaire dans notre démarrage. L’autre avantage, c’est qu’ici les locaux sont abordables. Le maire de Louiseville est aussi très emballé par notre projet. Le secteur est agricole et la région démontre une belle ouverture pour nous intégrer dans ce marché», exprime fièrement Gabriel Dubois.

En plus de Dominic Ouellette, qui agit à titre de consultant entomologiste pour Insectivores, l’entreprise a reçu l’appui du fondateur de l’Insectarium de Montréal, Georges Brossard et du maire de Louiseville Yvon Deshaies.

«Je reçois très bien l’arrivée de cette entreprise chez nous. Je pense que ça fait partie de l’avenir. J’ai bien confiance en ça. Il semblerait que c’est très nutritif. C’est une autre entreprise qui vient diversifier notre économie, comme l’usine de cannabis thérapeutique. Je démontre beaucoup d’ouverture face à ça et j’y crois», confie le maire de Louiseville.

Suivez Pier-Olivier Gagnon sur Twitter: @POGagnon

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