L’hôpital St. Mary propose des concerts en réalité virtuelle aux patients

MONTRÉAL — Des patients du Centre hospitalier de St. Mary auront accès au cours des prochains mois à un concert en réalité virtuelle de la pianiste Alexandra Stréliski, dans le cadre d’un projet-pilote qui vise à quantifier scientifiquement les bienfaits de la musique sur divers aspects de la santé.

Le projet est piloté par la docteure Julia Chabot, une gériatre et ancienne chanteuse classique qui étudie le phénomène depuis plusieurs années et affirme sans hésiter être «convaincue des bénéfices de la musique sur la santé des gens».

Les séances de réalité virtuelle remplaceront les concerts qui étaient organisés à l’hôpital au bénéfice des patients et qui ont pris fin, pour des raisons évidentes, avec la pandémie. Ces concerts avaient permis de documenter «une plus grande démonstration de plaisir» chez ceux qui y assistaient.

«Je n’ai pas de médicaments qui vont faire que les patients vont instantanément me dire qu’ils se sentent vraiment mieux, a dit la docteure Chabot. Alors j’ai eu cette idée un peu saugrenue, au début, de me demander pourquoi ne pas enregistrer un concert de musique sous format de réalité virtuelle pour que les patients puissent s’évader de l’hôpital le temps d’un concert.»

Un premier projet-pilote de plus petite envergure avait démontré, poursuit-elle, «qu’il y avait clairement quelque chose à faire avec la musique en réalité virtuelle», entre autres quand des patients ont rapporté ressentir moins de douleur même quelques jours après leur concert.

C’est en marge d’une conférence que Mme Stréliski donnait à l’Université de Montréal que les deux femmes se sont rencontrées pour la première fois.

«Je suis honnêtement frappée par la quantité de témoignages que j’ai de gens par rapport aux bienfaits de ma musique, a confié la musicienne. Les gens m’écrivent personnellement, mais ce sont des histoires qui sont très touchantes, qui sont beaucoup plus profondes que ce que j’aurais pu prévoir. Ça va plus loin que la musique qui relaxe pendant qu’on prend un bain.»

Mme Stréliski raconte ainsi avoir reçu des témoignages de gens qui lui ont raconté à quel point sa musique les avait aidés à affronter des situations aussi lourdes qu’un deuil, qu’un choc du stress post-traumatique, qu’une chirurgie, qu’une dépression ― et même que la mort subite d’un enfant en pleine nuit.

«Donc d’avoir quelqu’un qui est docteure, qui est crédible, qui veut quantifier ces choses-là, qui va en parler comme étant quelque chose d’essentiel à la société…, a-t-elle dit. Mon équipe et moi, on a décidé de mettre toute notre énergie là-dedans avec ce qu’on sait faire, bien produire, bien enregistrer, et proposer quelque chose de qualité.»

Expérience saisissante

Force est d’admettre que le résultat est au rendez-vous.

Dès que le casque s’allume, l’utilisateur est transporté dans une petite salle de concert très intime en compagnie d’une dizaine d’autres spectateurs virtuels.

Mme Stréliski s’installe à son piano et se lance dans une de ces mélodies qui lui ont valu sa renommée internationale. La ressemblance entre cette représentation virtuelle de la pianiste et la musicienne avec qui on s’entretenait seulement quelques minutes plus tôt est à s’y méprendre.

D’autres musiciennes se joignent éventuellement à elle, deux au violon et une au violoncelle.

L’expérience ne dure cette fois que quelques minutes, mais elle est tellement immersive qu’on perd tout contact avec la réalité. Ces quelques minutes sont suffisantes pour nous procurer un sentiment de calme et de paix qui n’était pas présent «avant».

On comprend facilement que des patients qui en profitent pendant puissent témoigner de multiples bienfaits.

Bienfaits documentés

Les bienfaits de la musique sur différentes facettes de la santé sont d’ailleurs de mieux en mieux documentés dans la littérature scientifique. Au cours des dernières années, par exemple, des études ont démontré:

– que l’apprentissage d’un instrument de musique semble aider les enfants à contrôler leur impulsivité, à se concentrer sur une seule tâche et à faire fi des distractions autour d’eux;

– qu’une mélodie dont le rythme correspond de près au rythme naturel de notre cerveau semble soulager la douleur plus efficacement qu’une mélodie moins bien synchronisée;

– que la pratique du chant choral par les personnes touchées par un cancer contribuerait à un mieux-être, notamment quand vient le temps de contrer le brouillard cérébral;

– que l’hypnose et la musique semblent avoir un rôle à jouer dans le contrôle de la douleur des patients hospitalisés aux soins palliatifs;

– et que la musique peut se révéler être une alliée précieuse en temps de grand stress.

«On va souvent parler des zones de plaisir du cerveau qui vont être activées par la musique, a dit la docteure Chabot. On sait que ça peut diminuer la douleur, diminuer l’anxiété, ce sont des choses qu’on sait, il y a des bases scientifiques à tout ça.»

Le but est maintenant de passer «de l’anecdote à la donnée quantifiable», a-t-elle ajouté.

«Si je vous prescris un médicament pour la haute pression, je peux mesurer avant et après pour voir si ça a diminué, a cité en exemple la docteure Chabot. J’aimerais être capable de transposer ces données-là au niveau de la musique, de pouvoir dire, vous voyez, la musique a vraiment sa place dans nos soins de santé.»

Plus beau métier du monde

«J’ai le plus beau métier du monde, a dit Mme Stréliski. Mon travail, c’est de jouer du piano, de faire du bien à des gens. Je ne peux pas imaginer quelque chose de plus beau à faire de mon quotidien.»

On offrira tout d’abord à un petit groupe de patients âgés de 65 ans et plus qui sont hospitalisés à St. Mary après une chirurgie de la hanche ou du genou «de vivre cette expérience», a dit la docteure Chabot, «mais éventuellement, c’est quelque chose qu’on veut déployer à la grandeur de l’hôpital».

Avec ce premier concert en réalité virtuelle d’Alexandra Stréliski, la docteure Chabot amorce la création d’un catalogue de concerts en réalité virtuelle avec comme objectif de bâtir une collection évolutive d’expériences musicales qui permettra «à chacun d’accéder à une musique qui résonne avec son vécu et ses besoins».

«Mon rêve, ce serait qu’on puisse aller sur les étages et, un jour, pouvoir demander au patient ce qu’il a envie d’écouter comme musique», a-t-elle confié.

Alexandra Stréliski a aussi de grandes ambitions pour ce projet, dans lequel elle compte continuer à s’impliquer «à la hauteur où Julia voudra que je m’implique».

«Ce serait formidable de le voir en pédiatrie, en santé mentale, dans les prisons…, a-t-elle énuméré. Ça n’a pas de fin, en fait.»

La pianiste espère d’ailleurs que sa participation au projet incitera d’autres musiciens à faire de même.

«Ce n’est pas anodin, a conclu Alexandra Stréliski. Il y a quelque chose d’incroyablement puissant. La musique, ce n’est pas seulement du divertissement, ce n’est pas seulement des subventions… c’est du vital.»