Les pétrolières retardataires devront acheter des crédits carbone, dit Guilbeault

Stéphane Rolland, La Presse Canadienne
Les pétrolières retardataires devront acheter des crédits carbone, dit Guilbeault

TERREBONNE, Qc — Le Canada atteindra ses cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre, même si des entreprises pétrolières pourraient avoir besoin d’un délai supplémentaire, assure le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault.

Le ministre avait dit à la radio de la CBC, samedi, que l’industrie gazière et pétrolière pourrait avoir besoin d’une peu plus de «souplesse» dans l’atteinte des cibles intérimaires de réduction de ses émissions. Il n’avait pas précisé comment le Canada parviendrait à atteindre ces cibles, malgré ce délai.

M. Guilbeault a précisé, lundi, que les entreprises concernées seraient tout de même obligées de respecter les cibles en achetant des crédits carbone, lors d’une conférence de presse dans le cadre d’une annonce sur l’étiquetage du plastique recyclé. 

 «J’ai été excessivement clair, répond-il. Les entreprises vont devoir atteindre leurs objectifs. Ce qu’on fait, c’est que pendant une courte période de temps, nous leur donnons accès à ces mécanismes de marché là.»

Le gouvernement fédéral veut abaisser les émissions de tous les secteurs de 40 % à 45 % par rapport au seuil de 2005 d’ici 2030, en vue d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050 et se conformer à l’Accord de Paris sur le climat. 

Des membres de l’industrie affirment toutefois que ces échéances sont inatteignables. L’Alliance Pathways, un groupe qui comprend six entreprises représentant 95 % de la production de sables bitumineux du Canada, prévoit qu’elle sera en mesure de réduire ses émissions de CO2 de 22 mégatonnes d’ici 2030.

Cela représente une diminution de 27 % des émissions du secteur des sables bitumineux par rapport à 2019. Or, l’objectif du fédéral exige plutôt une réduction de 38 %. 

Le ministre a dit, lundi, que l’industrie avait mentionné qu’elle aurait besoin de dix ans pour construire les infrastructures nécessaires à l’atteinte des cibles de 2030. «Ça nous amène à 2032. […] Si certaines entreprises ont besoin d’une période supplémentaire pour atteindre leur objectif, ce sera possible d’utiliser les mécanismes de flexibilité [échange de crédit de carbone].»

Bien que l’industrie pétrolière et gazière représente 26 % des émissions de CO2 du Canada en 2019, M. Guilbeault affirme que le recours au marché du carbone sera «très circonscrit» par rapport à l’ensemble des émissions du pays. «Ça pourrait représenter, parce que ce n’est pas certain qu’on va en avoir besoin, 3 % de l’objectif de réduction pour le Canada en 2030.»

Il a utilisé la Nouvelle-Zélande à titre de comparaison. «La Nouvelle-Zélande atteint 30 % de ses objectifs par les mécanismes de marché. Nous, on dit: « ça sera peut-être 2 % ou 3 % ». On en fait une utilisation qui est très limitée en termes de quantité et très limitée dans le temps puisqu’on va leur donner deux ans pour utiliser ces mécanismes-là.»

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