La pandémie entre dans sa troisième année: la prudence reste de mise

Melissa Couto Zuber, La Presse Canadienne
La pandémie entre dans sa troisième année: la prudence reste de mise

Au moment où la pandémie de COVID-19 entre dans sa troisième année et les provinces canadiennes lèvent leurs principales mesures préventives, plusieurs experts expriment une certaine prudence.

Ils rappellent aussi la nécessité de s’adapter rapidement à cause du caractère imprévisible de la COVID-19.

L’actuelle vague semble être en recul, les données comme le nombre des hospitalisations l’indiquent. Toutefois, le virologue Jason Kindrachuk invite à la prudence: la crise de la COVID-19 ne sera pas résolue tant et aussi longtemps que le virus continuera de subsister à l’échelle de la planète.

«L’histoire de la COVID-19 nous a appris qu’on doit se préparer à l’arrivée d’un nouveau variant. Tâchons de reconnaître que nous avons déjà été dans cette situation, lance le professeur adjoint de l’Université du Manitoba. Personne ne veut avancer d’un pas si c’est pour reculer de cinq ou dix autres à cause de ce qui pourra nous frapper.»

Les provinces ont commencé à lever les restrictions au cours du dernier mois. Par exemple, l’obligation de présenter son passeport vaccinal, en vigueur depuis le 1er septembre au Québec, a été abandonnée samedi. La capacité d’accueil dans tous les lieux publics du Québec a été portée à 100 %. Il n’y a aucune limite de capacité par table dans les restaurants, les bars, les tavernes et les casinos.

Certaines provinces ont même jeté aux orties l’obligation de porter un couvre-visage dans certains lieux publics.

L’arrivée de la pandémie en mars 2020 a transformé la vie de bien des gens autour du globe. Le télétravail et la distanciation physique sont devenus des règles au gré des vagues. Le bilan officiel est sévère: près de 40 000 morts à l’échelle du Canada, mais certains experts jugent que le nombre réel est sans doute plus élevé.

Le Québec faisait état de 14 154 morts en date de vendredi.

Des progrès

Depuis le début de la pandémie, les progrès scientifiques ont permis la mise en place de plusieurs vaccins et traitements afin de limiter le fardeau tombant sur les épaules des réseaux de la santé.

Un nouveau variant pourrait faire dérailler ce progrès, mais des experts croient qu’il faudra de grandes mutations pour nous ramener au temps des restrictions les plus sévères.

Raywat Deonandan, un épidémiologiste de l’Université d’Ottawa, s’émerveille de l’efficacité des vaccins contre les aspects les plus sévères du coronavirus, malgré ses transformations.

«Le virus ne nous a plus à sa merci, juge-t-il. Nous avons les instruments pour vivre une vie normale. Il s’agit de bien dépenser notre argent et d’avoir la volonté politique de se servir de ces instruments.»

M. Deonandan ne joue pas à l’autruche. Il croit que de nouveaux variants vont voir le jour, particulièrement là où la vaccination est en retard.

«Ces nouveaux variants créeront-ils des problèmes? Nous ne le savons pas. Mais nous avons les plateformes vaccinales pour trouver très, très rapidement de nouvelles formules.»

Le Dr Zain Chagla, un expert des maladies infectieuses de l’Université McMaster, dit que la rapidité de propagation des variants Delta et Omicron démontre comment il peut être difficile de s’adapter, même si la science a évolué à un rythme «incroyablement élevé».

Il ajoute que de nouveaux vaccins sont en train de voir le jour. Des laboratoires tentent de créer un vaccin universel qui pourrait protéger la population contre la souche actuelle et tous les variants qui suivront.

«La prochaine génération de vaccin contre la COVID pourrait être très différente d’ici un an ou deux. Elle pourrait être complémentaire aux vaccins actuels et nous aiderait à prévenir l’infection et nous procurer de la stabilité contre les variants», fait valoir le Dr Chagla.

Apprendre à vivre

Depuis quelques semaines, le message des leaders politiques et de la santé publique a changé au pays: ils sont passés de l’importance à contenir le virus à celle d’apprendre à vivre avec celui-ci.

Ce changement a soulevé la controverse. Certains croient que ce sont des pressions politiques  — et non la science — qui ont poussé les autorités à renoncer aux mesures restrictives.

Des experts reconnaissent que plusieurs Canadiens veulent revenir à une vie normale, mais ils soulignent que la COVID-19 ne disparaîtrait pas même si elle passait à un stade endémique.

M. Deonandan rappelle que les maladies endémiques comme les oreillons et la varicelle continuent de se propager lentement. Et les personnes vulnérables demeurent en danger.

«Dans un scénario idéal, la co-existence avec la COVID consisterait à traverser des petits épisodes d’endémicité qui ne menaceront pas la société, le système de santé ou une majorité de la population», souhaite-t-il. Selon lui, la COVID demeurera toujours un danger pour un grand segment de la population, comme les aînés et les immunodéprimés.

M. Kindrachuk soutient qu’il faut s’assurer que les plus vulnérables ne seront pas abandonnés au moment où les mesures préventives seront abandonnées. Les gouvernements devront être capables de réagir rapidement et de les mettre en place de nouveau si cela devient nécessaire.

«Apprendre à vivre avec le virus signifie en savoir davantage sur le virus. Cela signifie aussi de mettre en place les recommandations et les protocoles nécessaires à partir de ce que nous allons apprendre. Nous ne sommes pas encore arrivés au point où le virus est endémique.»

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