Aéroports de Montréal annonce des investissements massifs dans ses infrastructures

MONTRÉAL — L’aéroport Montréal-Trudeau et ses environs connaîtront une transformation profonde avec des investissements qui, à terme, atteindront 10 milliards $.

Aéroports de Montréal (ADM) a annoncé mercredi avoir négocié un prêt d’un milliard $ provenant de la Banque des infrastructures du Canada pour soutenir ces investissements. Le choix du montant d’un milliard $ «était dimensionné en fonction des besoins et de permettre en fait la modernisation de l’aéroport de Montréal-Trudeau», a expliqué le président du conseil d’administration de la Banque, Macky Tall. «Ça crée une fondation, un “buffer” (coussin) comme on dit en anglais, qui permet à l’aéroport d’avancer, accélérer les investissements.»

La formule, assez unique, prévoit un remboursement sur plusieurs dizaines d’années, mais comprend un volet de flexibilité advenant un cas de force majeure – comme la dernière pandémie – où les activités et, donc, les revenus d’ADM pourraient temporairement s’écrouler. Macky Tall n’a pas voulu révéler le taux d’intérêt exigé pour ce prêt, se contentant de le qualifier de «compétitif».

Décongestionner, enfin

Les travaux projetés incluent une reconfiguration complète du réseau routier pour accéder à l’aéroport et un nouveau débarcadère avec une capacité triplée par rapport aux installations actuelles. L’objectif est de décongestionner l’accès à l’aéroport, un de plus importants maux de tête des voyageurs depuis quelques années.

Le stationnement étagé actuel sera démoli pour faire place à un nouveau stationnement à plus grande capacité également, mais plus loin de l’aérogare elle-même afin de faire place à la fois aux nouvelles voies du débarcadère, mais aussi au terminal du REM et son accès à l’édifice.

Les voyageurs devront toutefois prendre leur mal en patience, reconnaît le PDG d’ADM, Yves Beauchamp. «Jusqu’à ce que les rampes (de débarcadère) soient livrées en 2028, les gens doivent se discipliner à arriver, oui, trois heures à l’avance, mais surtout de prendre les débarcadères express», situés dans les stationnements P4 et P10 un peu en périphérie de l’aérogare.

Quant à l’aéroport lui-même, une nouvelle jetée-satellite sera construite derrière l’aérogare actuelle et reliée à celle-ci par un tunnel et de nouvelles installations permettront de traiter un plus grand nombre de bagages, entre autres améliorations.

Promesse de REM

Enfin, ADM affiche une confiance inébranlable dans la mise en opération dès 2027 du REM, dont la construction du bâtiment et de ses accès à l’aéroport va bon train. «Je vous le dis, il sera livré en 2027, affirme avec force Yves Beauchamp. Actuellement nous sommes dans les temps et dans les budgets et on estime que près de 25 % des passagers qui vont venir à l’aéroport vont pouvoir utiliser le REM», un changement majeur dans la façon de se rendre à l’aéroport qui contribuera grandement, d’après lui, à mitiger l’impact des travaux sur les axes routiers d’accès et au stationnement.

Pour ADM, il s’agit d’une accélération majeure des investissements, a expliqué M. Beauchamp. «Il y a environ deux ans, on dépensait en infrastructures aux alentours de 230 millions $ par année. Cette année, on devrait faire 850 millions $. Et l’année prochaine, on devra atteindre le milliard $. Notre rythme de croisière pour les prochaines années, autour d’un milliard $, un milliard cent millions $ (par année) pour séquencer et réaliser l’ensemble des projets jusqu’en 2035.»

ADM – qui ne reçoit aucune subvention – financera entièrement ses projets, a précisé M. Beauchamp. Ses revenus s’élèvent à environ un milliard $ par année, le tiers provenant des opérations, un autre tiers des stationnements et commerces et, finalement, le dernier tiers étant versé par les voyageurs qui doivent payer 40 $ par billet d’avion en frais d’amélioration aéroportuaire. Puisqu’ADM prévoit une forte croissance de son achalandage, «ça va nécessairement augmenter le nombre de passagers et (…) bien entendu, les revenus vont augmenter».

Outre le milliard $ consenti par la Banque des infrastructures, où ira-t-on chercher le reste de ces 10 milliards $? Yves Beauchamp en parle comme si ce n’était qu’un vol de routine entre Montréal et Toronto. «Le 9 milliards $, essentiellement, on va sur les marchés. Ce sont des obligations qu’on va émettre à coûts de 500 millions $ et à coûts d’un milliard $ comme on le fait depuis des années.»

Ces investissements devraient créer quelque 9000 nouveaux emplois et ajouter un 3,7 milliards $ au PIB, selon les intervenants au dossier.

Saint-Hubert: un «non» ferme à l’international

Yves Beauchamp n’a aucun problème avec l’arrivée d’un nouveau joueur dans le décor, l’aéroport de Saint-Hubert devant commencer à accueillir ses premiers voyageurs d’ici la fin de l’année dans sa nouvelle aérogare. «Pour Saint-Hubert, le fait qu’ils vont offrir des vols domestiques – c’est ce qui est permis dans le bail – ça nous permet de nous dégager d’une partie du volume domestique comme tel.»

Par contre, dit-il, ADM n’a nullement l’intention de brader son exclusivité sur les vols internationaux, notamment vers les États-Unis et les Caraïbes, comme le souhaiteraient les dirigeants du nouvel aéroport sur la Rive-Sud de Montréal. «Le premier impact, c’est que ça réduit nos revenus, qui nous permettent de financer nos infrastructures. Et le plus important, c’est que ça affecte notre cote de crédit (qui) est très bonne actuellement quand on va sur les marchés obligataires, parce que justement on a cette exclusivité-là. Si on cède là-dessus, les coûts vont augmenter et il va falloir refiler la facture aux passagers qui vont devoir payer encore plus cher.»

Tout au plus, concède-t-il, «lorsqu’ils seront saturés ou lorsque finalement les choses auront évolué, à ce moment-là, je n’ai aucune difficulté à ce qu’on puisse s’asseoir».