Le «flexible seating» s’invite à l’école

Le «flexible seating» s’invite à l’école

Le flexible seating commence à peine à s'implanter au Québec

Crédit photo : (Photo Marie-Eve Veillette)

INNOVATION. Tel un village gaulois dans l’empire de César, la classe de Julien Boisvert détonne au sein de la Commission scolaire de l’Énergie. Aucun pupitre traditionnel n’y a sa place. Fauteuils, divans, ballons, chaises oscillantes, tapis et coussins y règnent en maîtres.

Les élèves ont du choix: pas moins de 63 possibilités de positionnement s’offrent à eux lorsqu’ils sont en classe! Une façon de leur permettre d’être confortables en tout temps et, par le fait même, d’être plus réceptifs à l’apprentissage.

C’est du moins ce que croit dur comme fer leur professeur, qui a décidé de réaménager complètement sa classe, le printemps dernier, pour expérimenter à fond une toute nouvelle approche dans le domaine de l’éducation: le «flexible seating» (classe flexible ou multiposition).

Le concept a été importé des États-Unis. Il commence à peine à s’implanter au Québec, mais déjà plus de 10 000 professeurs s’y intéressent. Ils se sont d’ailleurs regroupés dans une communauté Facebook pour y partager leurs observations et leurs actions, et pour y publier l’avancée  des recherches menées sur cette approche.

Les élèves en mouvement

Julien Boisvert est membre du groupe. Il prend plaisir à côtoyer ces collègues virtuels qui partagent les mêmes convictions. Car il ne s’en cache pas: cette nouvelle façon d’aborder l’enseignement suscite autour de lui beaucoup de réactions, allant de la curiosité au scepticisme.

«C’est certain que lorsque tu innoves, tu déstabilises les gens. Tu déranges, aussi. Mais  il y a des bénéfices liés au fait que les élèves soient constamment en mouvement dans une journée. Les recherches tendent à démontrer que c’est mieux pour la concentration et pour le dos que de rester assis en rang d’oignon et droit toute la journée, par exemple», dit-il.

Ses élèves ont le loisir de s’installer comme bon leur semble pour réaliser leurs travaux, et à l’endroit qu’ils jugent le plus approprié pour eux, sous approbation de leur professeur.

Pour accommoder tout ce beau monde et pour le côté pratique de la chose, la classe regorge d’items facilement déplaçables comme des chaises sur roulettes, des tables amovibles, etc.

«Je mise beaucoup sur le travail d’équipe. Les élèves doivent donc pouvoir se réunir facilement et être en mesure d’organiser rapidement leur espace de travail. Tout est pensé en conséquence», mentionne Julien Boisvert.

Ce concept cadre bien avec la vocation TIC de sa classe (Technologies de l’Information et de la Communication), où la créativité et l’autonomie sont mises à l’avant-plan.

«Le flexible seating demande aussi un flexible teaching, croit Julien Boisvert. Un professeur qui veut tout contrôler ne peut pas se lancer là-dedans. Il faut que cette approche lui convienne et, surtout, qu’elle cadre avec ses valeurs et ses façons de fonctionner et d’enseigner. Moi, je laisse le choix à mes élèves. Et ça marche! Beaucoup d’innovations émergent de cette classe.»

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Une démarche appuyée et encadrée

Le professeur a eu la bénédiction de la Commission scolaire pour aller de l’avant dans cette approche innovante.

Julien Boisvert

«Je savais exactement ce que je voulais et on s’est montré très ouvert lorsque j’ai présenté mon plan d’aménagement», se réjouit-il.

Pour pousser encore plus loin l’expérience, Julien Boisvert s’est associé à des ergothérapeutes de l’Université du Québec à Trois-Rivières et de la Commission scolaire de l’Énergie.

Elles sont venues rencontrer les élèves en début d’année pour leur parler de bon positionnement. Elles ont aussi évalué l’ensemble du mobilier à leur disposition et dicté certaines adaptations à y apporter pour s’assurer qu’il soit vraiment optimal.

«Par exemple, il a fallu surélever d’un pouce une table et ajouter des coussins sur certaines chaises», indique le professeur.

Quelques semaines plus tard, elles sont revenues en classe pour valider que les élèves avaient bien assimilé les bonnes pratiques et pour évaluer le matériel remodelé.

Le projet de collaboration entre la classe et les ergothérapeutes se poursuit d’ailleurs encore quelque temps. La prochaine étape sera la mise en ligne d’un site web où les élèves témoigneront de leur expérience en classe flexible tout en expliquant, dans leurs mots, les notions acquises en matière de bon positionnement.

Ailleurs dans la région

Les commissions scolaires de la Riveraine et du Chemin-du-Roy n’échappent pas, elles non plus, à la popularité grandissante des classes multipositions. Certains de leurs professeurs ont décidé eux aussi de miser sur cette nouvelle approche. Toutefois, comme à la commission scolaire de l’Énergie, il s’agit d’une pratique encore marginale.

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