Normand Branchaud n’a pas fini de faire danser le monde!
SAINTE-URSULE. On peut dire que la musique coule dans les veines des Branchaud. Depuis des générations, les airs folkloriques, les veillées et les instruments font partie des traditions familiales. Chez Normand “Ti-Nor” Branchaud, cette passion ne s’est jamais éteinte, tout comme les étoiles dans ses yeux lorsqu’il raconte des anecdotes des soixante dernières années.
Normand Branchaud a consacré presque toute sa vie à faire danser, chanter et sourire les gens. À 77 ans, soit soixante ans après sa première prestation publique, il continue de monter sur scène avec le même enthousiasme qu’à ses débuts. “Je suis chanceux de pouvoir encore faire de la musique”, dit-il simplement. M. Branchaud a connu un parcours exceptionnel, marqué par milliers de spectacles, de festivals, de soirées communautaires et de résidences pour aînés.
Toutefois, avant la guitare, les orchestres et les festivals, il y a eu un harmonica. Le jeune Normand en rêvait depuis longtemps. Les harmonicas coûtaient alors trois dollars et cinquante cents, une somme importante pour un garçon d’une dizaine d’années de cette époque. Pour réunir l’argent nécessaire, il multiplie les petites commissions auprès des voisins. Cinq cents par-ci, dix cents par-là. Pendant près d’un an, il économise ses sous. “Quand je l’ai eu, je l’avais tellement désiré que j’ai sauté dessus. J’en jouais pendant des heures. Je ne savais pas d’où ça venait, mais la musique était dans ma tête.”
Son petit cousin l’accompagne déjà avec des cuillères. Une cousine lui rappellera plus tard qu’il grimpait même dans les arbres pour jouer de la musique à bouche. “Bien oui! C’était plus difficile pour ceux qui n’aimaient pas ça de me lancer des tomates”, raconte-t-il en riant.
Cette passion devient une vocation le 16 juin 1966. Normand n’a que 17 ans lorsqu’il monte sur scène pour la première fois. “Puis, la semaine suivante, on jouait à la Saint-Jean-Baptiste devant près de 1 000 personnes. J’avais la tremblotte! J’étais nerveux”, se souvient-il. Le trac disparaît rapidement derrière le plaisir de jouer, alors que les groupes de musique se succèdent, dont le premier, les Dassonick. Au fil des décennies, il participe à des festivals partout au Québec, enregistre deux albums, fait de la télévision communautaire, anime des cabanes à sucre, accompagne des artistes invités et contribue à faire rayonner le folklore dans la région et au-delà.
Parmi les formations qui ont marqué sa carrière figure aussi Les Cousins Branchaud. Formé de membres de sa famille, l’ensemble est devenu bien connu dans le milieu folklorique québécois et a contribué à faire rayonner la musique traditionnelle à travers la province. Il a également eu l’occasion de monter sur scène à quelques reprises avec La Bottine Souriante pour jouer de l’harmonica, ce qui lui a valu d’être nommé membre honoraire de la formation.
Malgré ce riche parcours, Normand Branchaud n’a jamais perdu son humilité. “Je ne me suis jamais pris pour un grand musicien, mais j’aime la musique en grand.” La musique n’est pas une question de prestige, mais plutôt une façon de vivre. Pendant des années, il travaille dans la construction avec ses frères. Les semaines sont longues et les journées, exigeantes. Pourtant, les fins de semaine, il prend sa guitare et part jouer dans les noces, les salles paroissiales ou les fêtes populaires. “Ça me faisait tellement de bien d’aller jouer. C’était comme un autre travail, mais j’avais besoin de ça.” Il a également joué lors de quelques funérailles, dont celles de sa mère. Un moment à la fois difficile et touchant pour le musicien.
Normand Branchaud continue de partager sa passion de la musique, notamment lors des activités de la FADOQ, où il joue régulièrement devant des centaines de personnes avec le FADOQ Band.
Encore récemment, près de 275 convives se sont réunis lors d’une soirée organisée pour souligner son 60e anniversaire de carrière. L’événement a pris des allures de grande fête familiale alors que des musiciens de partout sont venus lui rendre hommage : des amis de longue date et d’anciens compagnons de scène. “Ça a été une maudite belle soirée.” Parmi les moments les plus émouvants de cette soirée, il y a eu la présence de ses enfants et de ses petits-enfants sur scène. Sa petite-fille a dansé la gigue, son petit-fils a joué de la guitare et chanté, tandis que son fils Jean-François l’accompagnait en musique. “Ça faisait longtemps que je voulais vivre ça. J’étais donc heureux!”
Cette transmission de la passion familiale demeure l’une de ses plus grandes fiertés, notamment lorsqu’il parle de son fils Jean-François Branchaud qui fait aujourd’hui partie du groupe La Bottine Souriante.
Le passionné de musique conserve encore aujourd’hui une impressionnante collection d’harmonicas, de toutes les tonalités. “J’ai eu de la misère à avoir mon premier harmonica, alors aujourd’hui je m’arrange pour ne pas en manquer!”, lance-t-il.
Et la retraite? Très peu pour lui. Même si les années qui passent apportent leur lot de défis physiques, il continue de trouver des façons de poursuivre sa passion. Des amis l’aident à transporter son équipement, il adapte son rythme, il prend soin de sa santé. Mais arrêter? Pas question! “Je vais faire de la musique tant que je vais être capable”, conclut le musicien.
