Jeannot Bournival: par-delà l’art, la connexion humaine
SAINT-ÉLIE-DE-CAXTON. “J’ai un penchant pour essayer d’allier la culture avec la bienveillance et la reconnexion. C’est un de mes moteurs de création les plus grands. C’est un projet immense d’aller chercher cette connexion”, lance Jeannot Bournival. Cette fois-ci, l’auteur-compositeur et créateur multidisciplinaire frappe fort avec un recueil de poésie, une websérie et une chanson lancés simultanément il y a quelques jours.
Avec “Rang Fort”, publié aux Éditions La Galère, Jeannot Bournival fait une première incursion dans le monde de la poésie. “C’est un recueil que j’ai écrit sans faire exprès”, laisse-t-il tomber. “C’est drôle, je ne connaissais pas la poésie. Je la connaissais comme musicien et auteur de chansons et parce que je l’observais dans la littérature en général, mais je ne consommais pas la poésie. J’ai commencé à écrire des petits bouts de phrases dans des textos, quand j’avais envie d’écrire quelque chose de sincère, bienveillant et touchant. Mais je faisais attention à la forme du texto pour que ce soit agréable à lire.
Sa rencontre avec la poésie, c’est à son “pusher” de livres Fred Pellerin qu’il la doit. “Je pense qu’il a dû me lancer un recueil de poésie d’une personne qu’il avait découverte et qu’il a pensé que j’aimerais. C’est dans ce premier recueil que j’ai découvert cette liberté que je n’arrivais pas à trouver dans la chanson; cette liberté qui permet d’écrire une folie qui est courte, mais dense, ou encore un long récit en s’enfargeant autant de fois qu’on le souhaite. J’écrivais comme ça sans savoir que ça avait le droit d’exister. À un moment, j’ai vu des choses qui m’amenaient à Rang Fort et c’est là que j’ai commencé à l’écrire plus intentionnellement.”
Les poèmes proposés sont très personnels. On y ressent les écorchures de ces moments difficiles, mais l’ensemble est aussi parsemé de touches d’humour et d’habiles jeux de mots.
C’est d’ailleurs au fil de ses rencontres avec des gens en difficulté, dans le cadre du spectacle À coucher dehors, que l’artiste a réalisé qu’à certains moments dans sa vie, il aurait pu basculer, lui aussi, dans une situation de vulnérabilité.
Mais à travers ces récits autobiographiques se dessine aussi une ode à la ruralité, à la force des villages et des liens humains capables de nous retenir de glisser et perdre pied.
“Il y a eu des gens qui m’ont tendu la main, que ce soit pour me sortir de là ou juste me ramener à un équilibre pour que je ne perde pas pied. Ça, c’est associé à la ruralité, raconte-t-il. Dans ma petite enfance, je vivais à Shawinigan. On était une des premières familles avec des parents divorcés. Je vivais aussi de l’intimidation et c’était comme si la pauvreté amenait son lot de difficultés à l’école. Je trouvais la vie très difficile en général durant ma petite enfance jusqu’au moment où ma mère s’est fait un copain et qu’il nous a amenés une journée à Saint-Élie-de-Caxton.”
“Ce jour-là, j’ai rencontré tous les amis que j’ai encore aujourd’hui. Puis, progressivement, on a déménagé là et j’y ai fait ma vie, poursuit-il. Ce sont de bons amis, de sorte que quand je trouvais un point de rupture, quand mon pied voulait glisser, il y avait toujours quelqu’un pour me soutenir. J’ai eu des envies de m’en aller, mais au final, je finissais toujours par revenir faire une chanson à répondre dans mon village. Pour moi, la ruralité est trop importante à cause de ce filet social, toute cette communauté qui était autour et qui m’a retenu dans les moments de crises.”
Ozzy et les Chansons du trottoir
Dans ce désir de mettre en lumière ceux qui n’en ont pas et de reconnexion, Jeannot Bournival aborde la marginalité et la puissance du tissu social dans la série télévisée Les Chansons du trottoir, disponible du Bell TV1.
L’idée de cette série télévisée a germé d’une rencontre avec Ozzy, un homme vivant dans sa tête et une petite cabane en bois à l’écart du public. “Ozzy est un personnage que je suis depuis deux ans et auquel je me suis particulièrement attaché. Quand on parle d’Ozzy, on peut dire que le génie frise la folie. C’est un peintre extraordinaire qui habite dans sa cabane. Son fil est dans une situation de rue, tout comme son frère. Lui-même a pataugé autour de ça. Il est soutenu par des organismes pour réussir à garder son équilibre. En le rencontrant, ça m’aide à étudier qu’est-ce qui fait que c’est difficile de garder son entourage”, explique Jeannot Bournival.
La série suit également Marie-Claire et Martin. L’objectif était d’approfondir trois histoires pour écrire trois chansons. Chaque épisode se termine sur la chanson portant sur le protagoniste mis en lumière. La chanson Ozzy est déjà disponible.
“Pour moi, c’est une autre façon de mettre en lumière ces personnes et ce qu’elles font dans leur vie. Redonner de la lumière, c’est aussi parfois de la dignité. Il y en a deux dans la série qui sont devenus travailleurs de rue. C’est un métier qui est peu mis de l’avant également en temps normal. La télésérie, ça met en lumière des gens, ça valorise et légitimise les gestes de certaines personnes. J’espère que ça donne envie à des gens de se relever ou que ça donne envie à des gens d’aider d’autres personnes, de se soutenir les uns les autres.”
S’imagine-t-il un jour créer pour simplement créer, sans portée sociale?
“Dans les dernières années, j’ai refusé. Ce qui est intéressant, c’est que j’ai parfois collaboré avec des artistes qui avaient envie qu’on fasse une collaboration. Leur projet allait dans une direction. Je disais qu’il y avait tout un angle social qui n’était pas mis en lumière, mais que s’ils le mettaient en lumière, je serais intéressé à collaborer. Et finalement, la personne y voyait un intérêt et choisissait de le mettre en lumière parce que c’est important pour notre société. Ça permet de changer des angles d’approche. Tout ça vient aussi des gens qui m’encouragent à le faire, mais ça fait aussi en sorte qu’il y ait plus de projets qui se dirigent vers ça. Aurais-je envie de danser pour danser un jour? Qui sait, et ça ne serait pas grave. Mais pour l’instant, c’est ce que j’ai envie de faire, ce qui m’anime”, conclut-il.
