Des truites mur à mur à Saint-Alexis-des-Monts!
SAINT-ALEXIS-DES-MONTS. D’un côté, des enfants chevauchent des truites. De l’autre, une petite fille s’envole, agrippée à un bouquet de ballons-truites. Entre les deux, plusieurs citoyens de Saint-Alexis-des-Monts sont mis en scène avec des truites.
Les immenses photomontages surréalistes qui ornent les murs extérieurs de plusieurs maisons le long de la rue Notre-Dame amusent, captivent et amènent un côté ludique au village alors que Saint-Alexis-des-Monts vibre au rythme du Festival de la truite mouchetée.
Ça faisait déjà quelques années que ces œuvres de format géant mijotaient dans la tête de l’artiste aleximontoise Catherine Rondeau qui souhaitait mettre davantage de l’avant les arts visuels dans le village.
“J’ai d’abord eu l’idée de faire une exposition extérieure plus classique qui aurait suivi un parcours, mentionne-t-elle. Mais le déclic pour ce projet en particulier s’est produit quand j’ai regardé un documentaire sur l’artiste français JR. Il installe des photos géantes sur des murs en milieu rural ou urbain. Il parcourait les petits villages en France, où il photographiait le facteur ou un groupe de travailleurs. Puis, il installait une œuvre représentant une personne du coin. Ça a germé dans mon esprit et une idée du genre permettait de contourner le fait qu’il n’y ait pas de salle d’exposition professionnelle à Saint-Alexis, tout en apportant une touche de couleur au village.”

(Photo Marie-Eve Alarie)
Quand un village se mobilise
Cette exposition d’art public, c’est aussi l’histoire d’un village qui a choisi de faire confiance à une artiste et de se mobiliser dans un projet un peu fou.
“C’était important pour moi de faire participer les gens de Saint-Alexis, autant des hommes que des femmes et des enfants, et d’y ajouter ma touche, explique l’artiste. Le projet a comporté plusieurs défis, dont convaincre le conseil municipal et les gens du village, car pour obtenir un financement en vertu du Programme de partenariat territorial de la Mauricie, il faut notamment montrer qu’on a l’appui du milieu.”
Une fois que les grandes lignes de son projet se sont précisées, elle est allée cogner à la porte de l’hôtel de ville pour présenter ses maquettes et parler de son projet au conseil municipal. Les élus lui ont rapidement donné le feu vert et ont mis un local à sa disposition pour faire la séance photo avec les citoyens.
“J’ai ensuite pu aller cogner à la porte d’entreprises locales, autant les auberges, que le Marché Tradition, le BMR et la microbrasserie, poursuit-elle. Il a ensuite fallu aller convaincre les propriétaires de certaines maisons de me laisser utiliser un de leurs murs extérieurs. J’avais identifié des maisons avec des façades intéressantes et qui offraient une belle visibilité de la rue. Je leur présentais mes maquettes. La majorité des gens a accepté. Ça a été formidable de voir que les portes s’ouvraient, que les gens me laissaient raconter mon projet. Ils ont vraiment été ouverts à ce que je proposais.”

(Photo Jean-Louis Boudou)
Et ensuite, il fallait trouver les modèles pour les photos. Catherine Rondeau a alors commencé à faire du casting aux quatre coins de Saint-Alexis-des-Monts. Chez les adultes, elle a entre autres approché des gens connus ou qui ont un rôle particulier dans le village, qu’il s’agisse d’un pompier volontaire, d’une artiste ou même de la propriétaire du Tabarouette.
“Pour l’œuvre qui allait figurer sur le mur du Tabarouette, je me disais qu’il fallait que ce soit la photo de la propriétaire, confie-t-elle. Je pense que c’est elle qui a été plus difficile à convaincre parce qu’elle n’aime pas se faire photographier. Mais elle a fini par accepter. J’adore le résultat de l’œuvre qui la met en vedette.”
Et pour apporter une couleur encore plus locale aux œuvres, disons que le thème de la truite mouchetée s’imposait de lui-même.
“Dans ma pratique photo, j’ai développé une expertise dans le photomontage, alors j’apporte ma couleur qui consiste à jouer avec la réalité et la fiction. Il faut le dire, pour quelqu’un qui fait du photomontage surréaliste, c’est du bonbon de travailler avec des poissons! Tu peux l’apprêter à plein de situations et jouer avec les proportions.”

(Photo Jean-Louis Boudou)
Le propriétaire de la pisciculture lui a ouvert ses portes et lui a sorti des truites pour que Catherine Rondeau puisse les photographier. “Je me suis ensuite amusée à jumeler ça avec les photographies et des gens. C’est là que la magie opère.”
Toute cette mobilisation a contribué à apporter une âme particulière au projet, croit Catherine Rondeau, qui s’est aussi fait conseiller par une technicienne qui s’y connaissait en impression de très grand format.
“Dans un village, tout le monde se connaît et je pense que dans ce projet, tout le monde pourra s’y reconnaître ou reconnaître sa mère, sa sœur, son enfant. J’espère que ça va créer une connivence entre les gens. C’est aussi une façon d’amener des arts visuels à Saint-Alexis-des-Monts et peut-être d’intéresser les gens. Le thème va assurément leur parler. La truite mouchetée, c’est un mode de vie ici. Au fil de mes démarches, j’ai réalisé à quel point les gens connaissent la pêche. Disons que je me le faisais dire si ce n’était pas l’image d’une truite sur mes maquettes!”, raconte-t-elle en riant.
L’exposition “Truites mur à mur” de Catherine Rondeau est exposée jusqu’au 30 septembre.

(Photo Marie-Eve Alarie)
