Alain Coutu : détenteur d’un savoir-faire ancestral

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Par Bernard Lepage
Alain Coutu : détenteur d’un savoir-faire ancestral
Chez les Coutu, on forge depuis trois générations. (Photo : L'Écho - Bernard Lepage)

PROFESSION.  Arrivé dans la cour, au bout de la route de L’Ormière, pas âme qui vive à l’extérieur. Le visiteur est cependant rapidement interpellé par le bruit d’un marteau claquant le fer et la fumée s’échappant de la cheminée d’un atelier. Pas d’erreur, nous sommes bien chez Alain Coutu, forgeron comme le fut son père Aurélien et son grand-père, Napoléon. 

Depuis près de 100 ans dans cette famille, le feu, le marteau et l’enclume font partie d’un patrimoine qu’on se transmet de génération en génération. Longtemps à Saint-Félix-de-Valois où la famille était propriétaire du Moulin Coutu, toujours debout, puis à Berthierville.

Depuis quatre ans, c’est à la jonction des municipalités de Maskinongé et de Saint-Justin qu’Alain Coutu perpétue ce savoir-faire. « Mon père et mon grand-père étaient propriétaire du moulin à farine à Saint-Félix et dans le temps, tous les moulins avec leur forge. Quand une pièce brisait, tu n’allais pas à la quincaillerie, tu la fabriquais. C’est comme ça que j’ai appris à forger quand j’étais tout petit et je n’ai jamais arrêté », raconte Alain Coutu.

Avant l’industrialisation de l’économie, la forge occupait une place centrale dans la communauté. « Les gens capotent sur les réseaux sociaux aujourd’hui, mais dans le temps, c’est à la forge que tu venais prendre des nouvelles pour savoir ce qui se passait dans le village », explique Alain Coutu qui donnait plusieurs formations dans la région avant la COVID. Il profitait de ces rencontres pour expliquer le rôle du forgeron dans l’ancien temps.

« Il était partout. Il faisait ses propres marteaux, ses pinces. Il fabriquait les rivets pour les ponts. Si tu n’avais pas de forgeron, tu n’avais rien. Pas de masse, pas de hache. John Deere, c’était un forgeron avant de vendre des tracteurs. Quand je faisais mes démonstrations, j’emmenais toujours ce petit côté historique puis souvent, il y a un quelqu’un qui venait me voir pour me dire : »Mon grand-père faisait ça aussi » », poursuit-il sur sa lancée.

La forge comme thérapie

À Saint-Raymond, dans la région de Portneuf, un forgeron donne des séances de thérapie aux anciens combattants en état de stress post-traumatiques, ce qui n’étonne pas Alain Coutu. « La forge, c’est la meilleure place pour jaser. En attendant que le feu monte et que ta pièce de fer soit prête à être frappée sur l’enclume, qu’est-ce que tu fais? Ben, tu parles, tu discutes. Il ne faut pas être pressé pour être forgeron. Il faut laisser le temps au temps », philosophe-t-il.

Alain Coutu se décrit comme un artisan. Pas question pour lui de créer des pièces en série. « Ce n’est pas une shop de fer ici!, précise-t-il. Je fais des pièces sur commande, des réparations. Mes clients viennent d’un peu partout. C’est plus facile avec Internet aujourd’hui. »

Il envie quelquefois le rôle important qu’occupent encore aujourd’hui les forgerons en Europe. « En France, c’est un corps de métier comme un charpentier dans la construction. Avec des échelons, des apprentis, des compagnons. Ici au Québec, on a abandonné ça. Je trouve ça triste », déplore celui qui estime important de transmettre ce savoir-faire aux prochaines générations, comme lui a-t-il pu l’apprendre de son grand-père et de son père. « C’est important de transmettre parce que quand tu pars pour de bon, tu pars juste avec ton linge… »

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