Cultiver l’Afrique au Québec et la partager avec tous

À -Louiseville, au cœur de la -Mauricie, les champs de -Paterne -Mirindi ne ressemblent pas aux autres. Entre les rangées, on trouve de l’amarante, de l’oseille, des aubergines africaines, des courges et des piments, tous cultivés en sol québécois. Depuis douze ans, cet agriculteur originaire de la -République démocratique du -Congo s’est donné pour mission d’offrir à la fois des légumes exotiques aux familles immigrantes et une occasion de découverte au grand public.

« -Dès mon arrivée en 2013, je me suis demandé pourquoi on importait encore ces légumes d’Afrique alors qu’ils pouvaient pousser ici », raconte celui qui dirige le -Groupement volontaire pour le développement rural durable -Nord-Sud (GVDRD -Nord-Sud). Parti d’une simple expérimentation et d’une demande croissante pour les aliments africains au -Québec, le projet est devenu un point de rencontre où se croisent traditions, apprentissages et échanges.

Son lien avec la terre remonte à son enfance. Au -Congo, il suivait sa mère aux champs, apprenant à semer et à respecter le rythme des saisons. « -Ma mère a utilisé la terre pour nous faire étudier, pour nous nourrir », se -souvient-il. Ce bagage l’a accompagné jusque dans ses études en développement rural, puis dans ses engagements pour l’autonomie alimentaire et la coopération internationale.

Aujourd’hui, ses cultures ne nourrissent pas que des corps. Elles contribuent aussi à tisser des liens. « Ça joue un très grand rôle social, -admet-il. C’est un projet qui travaille beaucoup pour l’intégration dans le milieu. Manger, c’est culturel, c’est interculturel et c’est devenu intergénérationnel », -explique-t-il, fier que ses enfants participent aussi aux travaux des champs.

Avec les -Jardins -Ricard, -Paterne a mis sur pied un programme d’initiation aux légumes africains, ouvert à tous. Les visiteurs y découvrent comment ces plantes s’adaptent au climat québécois, goûtent des recettes, posent des questions. « C’est une façon de montrer que ces légumes grandissent ici et qu’ils sont excellents. On brise aussi les distances culturelles », -dit-il.

Une équipe dévouée

Le projet de -Paterne -Mirindi ne pourrait pas exister sans l’aide précieuse de neuf bénévoles. Certains viennent découvrir cette agriculture atypique, d’autres cherchent à renouer avec leurs racines. Parmi eux, -Célestin qui, après ses quarts de nuit, consacre quelques heures le matin à la ferme. « -Pour moi, c’est comme des vacances au soleil… pour une bonne cause. C’est un gym que je ne suis pas obligé de payer », -lance-t-il en riant.

Si -Célestin se décrit comme « beaucoup plus amateur qu’agriculteur », il souligne que le travail de la terre fait partie de son identité profonde. « -Je suis né -là-dedans, j’ai grandi -là-dedans. Arrivé ici, je me retrouve encore -là-dedans. »

Sa motivation est aussi teintée de nostalgie. « -Les amarantes, l’oseille… ce sont des légumes qui ne se trouvent pas dans les magasins typiquement québécois. Ce sont les légumes qui nous ont fait grandir. Les retrouver ici, c’est comme voyager au -Congo sans prendre un billet d’avion. »