Une seconde jeunesse pour les puits Gélinite

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Par Bernard Lepage
Une seconde jeunesse pour les puits Gélinite
Éric Bard et René Luc St-Arneault, deux des cinq actionnaires de Gélinite maintenant basée à Charette. (Photo : L'Hebdo - Bernard Lepage)

CHARETTE.  Développée à Shawinigan dans les années 1940 par Frank Gélinas, une technologie utilisée dans la gestion des eaux potable et fluviale revit un second âge d’or sous l’impulsion de cinq nouveaux actionnaires qui se lancent à l’assaut du Québec à partir de Charette. 

Basée sur le chemin Reid, dans le parc industriel J.-Armand-Foucher à Shawinigan, Gélinite est déménagée au début de l’année 2022 à Charette dans une bâtisse industrielle occupée autrefois par Conserverie Notre-Dame.

« Notre ancien bâtiment était désuet et pas isolé et notre objectif, c’est de fonctionner à l’année afin de répondre à la demande grandissante de nos produits », explique René Luc St-Arneault, directeur développement de marchés et coactionnaires de Gélinite avec Dominic Chaîné (président-directeur général), Éric Bard (directeur technique), Serge Baillargeon (directeur de la technologie) et Mathieu Chaîné.

Alternative aux puits artésiens et de surface, les puits Gélinite ont été adoptés par de nombreux Québécois depuis leur mise en marché il y a plus de soixante-dix ans, particulièrement dans les régions de la Mauricie, du Lac Saint-Jean et de Lanaudière. Le puits Gélinite est un mélange de béton, de petites pierres, de sable et de charbon prémoulé en forme de coquille cylindrique. Ce filtre est ensuite enfoui dans un sol de sable filtrant, sous le seuil de la nappe phréatique.

« L’eau percole dans le sol, passe au travers le sable puis traverse notre filtre avant d’être consommée comme eau potable. Avec un niveau de filtration de 5 à 10 microns, on filtre la majorité des bactéries », explique Éric Bard. La recette développée par Frank Gélinas en 1944 est pratiquement demeurée la même, si ce n’est que le béton employé aujourd’hui est de meilleure qualité.

Pour démontrer la qualité de l’eau produite par les puits Gélinite, Éric Bard rapporte les conclusions d’une étude de l’Organisme de bassins versants des rivières du Loup et des Yamachiche (OBVRLY) sur la sécurité de 550 puits privés situés aux abords des deux cours d’eau. « 40% des 300 puits de surface étaient contaminés et 10% des 200 puits artésiens. Sur les 75 puits Gélinite, deux seulement étaient contaminés et ils étaient installés près de champs en culture. »

L’Étape et Expo 67

C’est aussi un puits Gélinite qui alimente sans arrêt depuis plus de 60 ans le camping et la halte routière L’Étape, dans la réserve faunique des Laurentides menant au Lac Saint-Jean. Les puits Gélinite sont aussi les plus économiques sur le marché souligne Éric Bard: « On parle de 5000 à 8000$ en moyenne pour un Gélinite contre 10 000$ et plus pour un puits artésiens. »

Depuis l’arrivée des nouveaux actionnaires, il y a près de deux ans, le chiffre d’affaires de l’entreprise a doublé durant le premier exercice financier et l’exploit est en voie d’être répété cette année. « Notre nombre d’installateurs au Québec est passé de 10 à 80. Pour l’instant, ce qui nous limite, c’est notre capacité de production », souligne René Luc St-Arneault qui a récemment trouvé un partenaire en Ontario pour développer le marché  canadien.  

Mais les produits sur lesquels Gélinite mise le plus pour assurer son développement futur, ce sont les puisards pour gérer les eaux fluviales. Aujourd’hui, ces eaux transitent par des canalisations de béton et de plastique avant de se jeter dans les cours d’eau. Profitant d’une notoriété sans égal il y a un demi-siècle, ce sont pourtant les puisards Gélinite qui ont été installés sur les sites d’Expo 67 et du Parc Olympique à Montréal.

Il se pourrait bien qu’on assiste bientôt à un retour du balancier croit les actionnaires de Gélinite. Changement climatique oblige, les pluies torrentielles et subites provoquent de plus en plus des refoulements et des inondations avec les canalisations traditionnelles tandis que les puisards Gélinite filtrent ces eaux avant de les réintroduire dans la nappe phréatique.

« De plus en plus de municipalités adoptent des règlements pour que les eaux de ruissellement soient filtrées dans le sol au lieu d’être déviées dans les égouts fluviaux.  Dans quatre ou cinq ans, on prévoit que ce sera notre principal marché », conclut René Luc St-Arneault.

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