Une agriculture bio guidée par le respect du vivant

YAMACHICHE.  À la Ferme le Crépuscule, l’agriculture biologique est bien plus qu’un mode de production : c’est une philosophie qui guide chaque décision. Depuis plus de 35 ans, Jean-Pierre Clavet développe une ferme axée sur le bien-être animal, la protection de l’environnement et la qualité des aliments. Au cours des années, Debbie Timmons s’est jointe à lui dans ce projet de vie et d’entreprise, devenant une partenaire essentielle au quotidien.

Avant de se lancer en agriculture, Jean-Pierre Clavet a travaillé pendant près de 20 ans dans la marine marchande. Ce parcours a profondément marqué sa vision de l’environnement.

“J’ai vu ce qu’il se passait sur la planète, dans les océans, avec la pollution. Ça m’a sensibilisé très tôt, dès les années 1970”, raconte-t-il. Il évoque notamment des déchets toxiques rejetés en mer et des poissons contaminés par les activités humaines. “On pêchait du sébaste et on remontait des barils de diesel, des réfrigérateurs. Tout ça se retrouvait dans la chaîne alimentaire”, déplore-t-il.

À cette conscience environnementale s’ajoutait un attachement de jeunesse lié à l’agriculture. “J’ai toujours aimé l’agriculture. Mes parents avaient une maison à la campagne, et je traînais chez les petits agriculteurs qui ne faisaient pas d’agriculture chimique. J’ai appris la vieille façon”, raconte M. Clavet.

Lorsqu’il s’installe sur la terre qui deviendra la Ferme le Crépuscule, c’est avec pratiquement rien qu’il démarre son entreprise. “Quand je suis débarqué du bateau, j’avais 2000 $ de dette. Je n’avais rien, même pas un marteau”, se rappelle-t-il.

Le bien-être animal

À la ferme, le respect des animaux est un principe fondamental. Les bovins sont nourris exclusivement à l’herbe et au foin, tandis que les poulets et les dindes ont accès à l’extérieur durant la saison estivale et vivent dans des bâtiments ventilés naturellement.

“Un ruminant, tu lui donnes du foin. Un poulet, ça mange du grain, et c’est important qu’il aille dehors, qu’il vive comme un animal”, explique Jean-Pierre Clavet.

La Ferme le Crépuscule est d’ailleurs le premier producteur au Québec à déposer une demande afin de faire reconnaître l’élevage biologique de poulets en plein air. “À l’époque, quand on a parlé de poulets dehors, ça n’avait pas bien passé. On nous traitait de granolas. Aujourd’hui, il y a une section complète dans la réglementation pour ça”, raconte fièrement Debbie Timmons.

Les animaux de boucherie passent aussi l’été dans le bois, ce qui influence leur bien-être et la qualité de la viande. “Ils sont à l’abri, ils mangent ce que les chevreuils ou les orignaux mangent. Ça donne une viande différente, plus goûteuse”, explique le propriétaire.

Une production diversifiée et artisanale

La Ferme le Crépuscule produit du poulet, de la dinde, du bœuf nourri à l’herbe, des œufs, du miel, du sirop d’érable et des produits transformés.

Un aspect distinctif est la fabrication maison des moulées pour la volaille. “Je fabrique toutes mes moulées ici, avec neuf sortes de céréales. C’est pour ça que nos poulets et nos œufs sont vraiment différents”, affirme Jean-Pierre Clavet.

Debbie Timmons confirme que cette approche se reflète dans le goût. “Les gens nous disent : J’en ai essayé d’autres, mais jamais comme la vôtre.

Le maraîchage est intégré principalement pour l’autosuffisance et la transformation. “On fait pousser des légumes pour nos marinades, nos saucisses, notre prêt-à-manger. Tout fonctionne ensemble, en symbiose”, précise-t-il.

La cabane à sucre de la ferme est également certifiée biologique. Tous les aliments servis sont bio, et un menu particulier est offert pour les personnes végétariennes ou ayant des intolérances alimentaires, telles que le gluten. “Tout est bio sur la table : les saucisses, les jambons, le lait, même le sel aromatisé. On veut que ça soit cohérent avec notre philosophie”, ajoute le Yamachichois.

Encourager l’achat local et la ferme

Comme plusieurs producteurs biologiques, la Ferme le Crépuscule fait face à la concurrence des grandes chaînes et à la pression des prix. “On ne peut pas compétitionner avec les grandes surfaces. On travaille trop fort pour faire des rabais”, explique Debbie Timmons.

Jean-Pierre Clavet renchérit : “Costco vend un poulet cuit 9$. Nous, il coûte 20 ou 25$ et il n’est pas cuit. Mais ce n’est pas la même chose. Les gens qui viennent ici veulent savoir ce qu’ils mangent et d’où ça vient.” Alors, pas toujours facile de tirer son épingle du jeu.

Les produits peuvent être achetés directement à la ferme, sur réservation téléphonique, ainsi que via certains marchés. Les propriétaires souhaitent toutefois encourager davantage la population locale à se déplacer sur place.

“On aimerait que les gens viennent ici, qu’ils voient ce qu’on fait. Ce n’est pas pareil que d’acheter sur une tablette”, souligne M. Clavet.

Pour Jean-Pierre Clavet et Debbie Timmons, l’agriculture biologique dépasse largement la production alimentaire.

“Je me sens utile dans ce que je fais. Si je peux faire mon petit bout pour l’environnement, pour les abeilles, pour la terre, c’est déjà beaucoup”, confie-t-il.

Mme Timmons souligne que ce sont les témoignages des clients qui donnent un sens au travail. “Quand des gens nous disent que leur santé s’est améliorée, que ça a changé quelque chose dans leur vie, ça nous aide à continuer.”

Malgré la charge de travail et les défis financiers, ils poursuivent leur engagement. “Ce n’est pas juste l’argent qui est payant dans la vie. On se sent utile, et c’est ça qui compte”, conclut Jean-Pierre Clavet.