Un tandem père-fille chez Remorque Belle Voiture

SAINT-BONIFACE.  Copropriétaire de Remorque Belle Voiture, Jean-François Beaudin a été confronté à un dilemme au cours des derniers mois lorsque son frère Éric lui a annoncé vouloir prendre sa retraite à la fin de 2025.

En réflexion quant à son propre avenir, l’entrepreneur n’a pas eu à chercher bien loin pour trouver un nouveau partenaire lorsque sa fille Abigaël a levé la main pour signifier son intérêt à se porter acquéreur des parts de son oncle.

Le 1er janvier dernier, la jeune femme de 20 ans est donc devenue officiellement copropriétaire de ce commerce fondé en 1994 à Saint-Boniface par la famille Bellerive avant d’être racheté en 2008 par les frères Beaudin.

“Pour moi, c’est un rêve qui se réalise”, explique Abigaël en évoquant le souvenir d’un dessin réalisé à la maternelle et illustrant le métier qu’elle souhaiterait pratiquer quand elle serait grande. “J’avais dessiné une remorque tirée par un cheval.”, sourit-elle.

Son père Jean-François est tout aussi l’enthousiasme de l’arrivée de sa nouvelle associée. “Moi aussi c’est un rêve de pouvoir travailler au quotidien avec ma fille et ma femme aussi. Ça ne peut pas être plus le fun”, raconte-t-il en parlant de Sabrina Hasty qui accueille notamment les clients à la réception.

Entreprise familiale comptant une dizaine d’employés, il n’était pas rare que le couple emmène leurs quatre filles au travail le samedi à l’époque où le commerce était ouvert ce jour-là. C’est dans ce contexte qu’Abigaël a eu la piqûre.

Attraper la piqûre

Durant la pandémie par exemple, l’adolescente allait donner des coups de main dans l’atelier où les mécaniciens lui confiaient des petites taches à réaliser. Puis à la fin de son parcours secondaire, un problème de santé nécessitant des traitements à l’extérieur de la région l’oblige à suspendre ses études pendant un an.

“J’ai continué à venir travailler ici pendant cette période et c’est là que j’ai découvert que j’aimais vraiment ça et que j’avais des habiletés manuelles”, souligne Abigaël qui, parfaitement bilingue du fait de ses études dans une école anglaise, s’occupe entre autres de traiter avec les clients de l’extérieur du Québec.

Dans un horizon de quatre ou cinq ans, Jean-François Beaudin prévoit à son tour tirer sa révérence, ce qui laissera le temps à sa fille de voir si elle est prête à continuer seule ou bien à d’autres de ses sœurs de la rejoindre.

“C’est un commerce qui fonctionne très bien”, souligne l’homme de 56 ans qui dispose d’un inventaire de plus de 300 remorques de toutes sortes. “Durant la pandémie, on en avait plus de 500 et ça sortait à coup de dizaine par jour. À un moment donné, on s’est retrouvé avec juste une trentaine dans la cour, mais depuis ce temps-là, ça s’est évidemment replacé.”

En attendant d’apprendre tous les rouages, Abigaël se fait tranquillement son prénom même si des clients plus âgés préfèrent encore traiter avec le paternel. “C’est certain que nos clients sont majoritairement des hommes. La jeune génération n’a pas de problème à parler de leurs besoins avec une femme, mais pour d’autres, ça sera plus difficile. Mais il ne faut pas s’arrêter à ça, chez Remorque Belle Voiture, il n’y a pas de patrons et des employés, il y a juste une équipe”, conclut la jeune entrepreneure.