Un projet de pédiatrie sociale prend son envol dans Maskinongé
SAINT-ALEXIS-DES-MONTS. Portée par la musicothérapeute Chrystine Bouchard, une initiative ambitieuse de centre de pédiatrie sociale et communautaire pourrait voir le jour à Saint-Alexis-des-Monts. Baptisé Le Colibri, le projet vise à offrir un lieu de services intégrés pour les enfants vulnérables et leurs familles, dans une région où les ressources sont quasi inexistantes.
À l’origine seule derrière cette idée, Mme Bouchard s’est rapidement entourée d’un noyau de citoyens mobilisés. “C’est un projet qui donne des ailes. Ce n’est pas pour rien que ça s’appelle Le Colibri”, lance-t-elle, évoquant l’enthousiasme grandissant autour de l’initiative.
Inspiré du modèle développé par le Dr Gilles Julien, le centre de pédiatrie sociale en communauté repose sur une approche globale, implantée au Québec depuis 1996. On compte aujourd’hui plusieurs dizaines de centres à travers la province, qui accompagnent des milliers d’enfants vivant en situation de vulnérabilité. Leur mission est de rapprocher les services médicaux, psychosociaux et éducatifs des milieux de vie des jeunes, afin d’agir tôt et de manière concertée.
“C’est un endroit chaleureux, bienveillant, sécurisant pour accueillir les enfants, où il y a des services intégrés”, explique Mme Bouchard. Médecin, intervenants psychosociaux, éducateurs et thérapeutes y travaillent ensemble afin d’assurer un suivi. “Tout le monde est au courant de ce qui se passe pour l’enfant. On intervient dans le même sens pour le faire évoluer plus rapidement.”
Le Colibri proposera plusieurs espaces adaptés : salles de thérapie, locaux multisensoriels, espace clinique et lieu de repos. Des activités extérieures et communautaires seront également organisées. “Ce qu’on veut, c’est aider les enfants à créer des intérêts et, s’ils ont des rêves, d’y croire”, résume Mme Bouchard.
Dans cette vision, l’enfant est au cœur des décisions. “C’est un lieu où l’enfant est maître, où il est roi. Je vais souvent lui demander: Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse aujourd’hui?“, illustre Mme Bouchard. Elle insiste aussi sur l’importance des arts thérapeutiques, particulièrement pour les jeunes ayant vécu des traumatismes et qui peinent à s’exprimer verbalement.
Les besoins réels de la région
Le choix de Saint-Alexis-des-Monts ne doit rien au hasard. En analysant les données socioéconomiques du territoire, Mme Bouchard a constaté l’ampleur des besoins. La municipalité figure parmi les milieux les plus défavorisés de la région et plusieurs municipalités environnantes ne disposent d’aucun service de proximité en santé ou en intervention psychosociale pour les jeunes. “Quand j’ai vu ça, je me suis dit : c’est ici qu’il faut que ça se passe.”

Chrystine Bouchard. (Photo courtoisie)
Son constat s’appuie aussi sur son expérience professionnelle. Musicothérapeute depuis 40 ans, elle travaille notamment dans un centre de pédiatrie sociale à Joliette depuis plusieurs années, en plus d’intervenir dans des milieux de garde de la MRC de Maskinongé. “Je suis sur le terrain. J’en vois des jeunes, je vois qu’il n’y a pas de ressources où les référer ici”, explique-t-elle.
Elle souligne également des réalités concrètes observées au quotidien. “Il n’y a pas de psychologue, pas de travailleurs sociaux, pas de bureau pour accueillir les enfants. […] Il y a des familles qui lâchent prise, dont les enfants n’ont même pas de médecin.” Dans ce contexte, l’école et les organismes locaux tentent de pallier les manques, mais les besoins demeurent.
Des locaux à définir, un milieu à construire
L’emplacement du futur centre reste à confirmer, mais des discussions sont déjà entamées avec la municipalité. Mme Bouchard indique avoir été accueillie par la mairesse et le conseil municipal afin de présenter son projet, et des échanges sont en cours pour l’accès à des locaux.
Le Colibri nécessitera plusieurs pièces pour répondre à sa mission : “Ça prend quatre à cinq locaux, une salle d’art, une salle de musicothérapie, une salle multisensorielle, une salle clinique et un espace de repos pour les enfants”, précise-t-elle. L’objectif est de créer un environnement chaleureux, “un peu comme chez lui”, où l’enfant et sa famille se sentiront en confiance.
Le futur centre desservira l’ensemble de la MRC de Maskinongé. Selon Mme Bouchard, la distance ne doit pas être un frein. “On ne peut pas dire que les gens ne se déplaceront pas. Pour nos enfants, on va faire la route.” Elle mise notamment sur une brigade de transport bénévole et des partenariats avec les services existants pour faciliter l’accès.
Le plan d’affaires doit être déposé en septembre prochain auprès de la Fondation du Dr Julien, seule porte d’entrée pour obtenir la reconnaissance officielle et un financement initial. L’analyse du dossier pourrait prendre plusieurs mois, période durant laquelle l’équipe poursuivra la mobilisation, la recherche de partenaires et la préparation concrète des installations. L’objectif est une ouverture en 2027.
“Ça va me prendre un bon 425 000 $ la première année, mais la mobilisation est là. Je ne m’attendais pas à ce que ça aille aussi vite!”, confie Mme Bouchard. Des comités ont déjà été formés, des activités de financement planifiées et des appuis politiques amorcés.
Toutefois, parmi les défis majeurs figure le recrutement de médecins, condition essentielle à l’ouverture. “On a besoin de médecins présents d’un à trois jours par mois. Ce n’est pas énorme, mais c’est essentiel pour pouvoir ouvrir.”
“Les choses arrivent. C’est comme s’il y avait un tapis qui se déroulait devant moi. On ne travaille pas dans le vide, on sait qu’on va faire une différence”, conclut Mme Bouchard.
