Parcours d’un policier émérite

Par superadmin
Parcours d’un policier émérite
Le capitaine Michel Dauphinais

Le capitaine du poste principal de la MRC de Maskinongé, Michel Dauphinais, sera affecté à une mission bien spéciale aujourd’hui (jeudi). Il tentera de mener à bien une perquisition accompagné de sa fille, la sergente-enquêteuse Isabelle Dauphinais. Il s’agira d’une dernière mission symbolique sur le terrain pour le policier qui mettra un terme à une carrière longue de 34 ans au sein des forces de l’ordre, le 18 mars prochain.

Ancien papetier, Michel Dauphinais ne semblait pas destiné à devenir policier. Un samedi matin, pourtant, son épouse a aperçu une offre d’emploi dans le journal, plusieurs policiers étaient recherchés. «Je me suis dit pourquoi pas. J’ai passé les tests physiques et ils m’ont pris», explique-t-il.

C’était le début d’une longue carrière dans un métier hors du commun. Le capitaine émérite a accepté de parler de son vécu, dans une entrevue accordée à L’Écho.

Le commencement de sa carrière a été marqué par l’arrestation d’un tristement célèbre gourou: Roch «Moïse» Thériault.

Pour l’occasion, une douzaine de policiers étaient appelés à se rendre au campement du groupe sectaire, en forêt.

«C’était une grosse opération qui avait lieu au printemps. Quand on est arrivés sur place, toute la communauté de Moïse est partie en courant. À l’entrée du site, il y avait comme une poêle et un maillet à côté. Les gens qui arrivaient sur le site devaient cogner la poêle avec le maillet, comme un gong, sinon, ils n’étaient pas considérés comme bienvenus et la communauté partait à la course avec des bâtons après toi. Nous étions là pour arrêter Moïse, on est rentrés quand même et on a procédé à l’arrestation», se souvient-il.

La scène s’est déroulée devant des femmes et des enfants affaiblis par le rythme de vie de la secte.

Le destin a par la suite guidé le policier Dauphinais sur des terrains «chauds», comme la fameuse crise d’Oka.

Mais le moment où il a eu le plus peur pour sa vie est survenu alors qu’il était caporal au poste de Cowansville. Lors d’une perquisition, un suspect a braqué une carabine chargée sur son visage. «L’homme était sorti par une fenêtre de son garage. On est arrivés l’un en face de l’autre. Il avait une 303 et était braqué sur moi. On était à 15 pieds l’un de l’autre. Lui, était en état de boisson. On l’a su par après quand on a procédé à l’arrestation. Il ne fallait pas l’énerver dans le feu de l’action. Au lieu de le confronter, je lui ai parlé doucement avant de me tirer sur le côté par terre. Je me suis abrité derrière un véhicule, j’ai dégainé, on l’a mis en joue et nous l’avons sommé de jeter son arme. Par contre, il a plutôt reculé et s’est enfui dans le bois. Il a fallu encercler le bois pour mettre la main sur l’individu. Je n’ai pas dormi de la nuit qui a suivi. Il y en a qui ont besoin de psychiatre après des évènements comme ceux-là. Dans ce cas-là, je n’en ai pas eu besoin, ça c’est bien passé. Dans le fond, il ne m’est rien arrivé», se convainc-t-il.

N’en demeure pas moins que les pires journées au travail pour le policier et père de famille sont celles où il a été confronté à la mort, plus particulièrement celle de bambin.

«Quand il y a une mort d’enfant, que ce soit un crime contre la personne, ou un accident de la route, c’est toujours prenant. En Gaspésie, j’ai couvert un accident mortel. Il y avait le père, la mère et trois enfants, morts en même temps dans l’auto. Ce n’est qu’au garage qu’on a pu sortir les enfants, en petits morceaux… c’est poignant. Tu arrives chez toi le soir, tu regardes tes enfants et tu te dis, ça l’aurait pu être eux autres. C’est pour ça qu’à un moment donné on doit se faire une carapace. Sinon, on ne peut pas vivre avec ces émotions-là et être affectés chaque fois qu’on voit un mort. Je n’aurais pas pu faire ce métier-là (pendant) 34 ans. Il ne faut pas ramener le travail à la maison. Sinon, ça devient dangereux, avec les émotions qu’on vit», confie-t-il.

 

Aux quatre coins du Québec

Comme plusieurs, Michel Dauphinais a dû faire ses valises à maintes reprises afin de progresser dans sa carrière.

Après avoir terminé ses études à l’école de police, amorcée en 1978, il a été confié au poste de New-Carlisle en Gaspésie où il a patrouillé jusqu’en 1987, avant d’être transféré au poste de Granby en Estrie. Puis en 1991, il a été promu caporal responsable des enquêtes criminelles au poste de Cowansville. Une nouvelle promotion l’attendait en 1996 à titre de sergent superviseur de district au poste de Hull. C’est finalement en 2001 que le Madelinois d’origine a saisi une opportunité en or de réintégrer sa Mauricie natale. On cherchait un sergent pour veiller sur le poste de la MRC de Maskinongé situé à Louiseville. En 2002, il a été promu lieutenant directeur de poste et finalement, en 2003, avec l’arrivée de cinq nouvelles municipalités sous le giron du poste principal de la MRC de Maskinongé, il s’est créé un poste auxiliaire à Saint-Boniface.

«En gérant deux postes, la fonction veut que tu sois capitaine. J’ai donc passé un test psychométrique et des entrevues afin d’obtenir le poste de capitaine ici», relate-t-il.

Dans les interventions policières majeures survenues au cœur de la MRC de Maskinongé, Michel Dauphinais se souvient particulièrement d’une prise d’otage qui a eu lieu à Yamachiche en 2005. Un homme était resté barricadé pendant trois jours. Quand le groupe tactique a enfin convaincu le suspect de sortir de l’établissement, c’est en pointant son arme vers un policier qu’il s’est exécuté.

«L’homme a finalement été abattu», murmure le capitaine.

Au fil des années et des embûches, Michel Dauphinais en est arrivé au constat que d’un endroit à l’autre, les problèmes sont variés.

«Les mentalités ne sont pas pareilles. Comme en Gaspésie, les gens sont saisonniers; il y a beaucoup de pêcheurs et de bûcherons. Donc l’hiver, ils ne travaillent pas. Les esprits s’échauffent plus vite dans ce temps-là, surtout que ce n’est pas la richesse. C’est reconnu pour être un milieu plus rough. Granby, c’est une place plus riche, mais quand j’étais en poste là-bas, il y avait beaucoup de criminalité à cause des motards. Notre poste était proche du repaire des Hells Angels de Lennoxville. Ils contrôlaient le domaine de la drogue à Granby et les environs. Plusieurs clubs appartenaient aux motards, donc ça brassait pas mal. Quand je suis arrivé à Louiseville en 2001, le taux de criminalité était haut et puis au fil des ans, par des actions qu’on a menées, le taux de criminalité a connu une baisse estimée entre 30% et 35%.»

La criminalité dans Maskinongé

Comment expliquer une pareille amélioration dans notre secteur? Selon le capitaine, la lutte contre la drogue y est pour beaucoup.

«Nous avons mené plusieurs opérations en ce sens. On a plus de moyens aussi. Tout est interrelié dans la criminalité, donc s’il se vend moins de drogue, moins de cambriolages sont commis. La population a changé aussi. Des gens qui vieillissent se sont calmés ou se sont expatriés dans de plus grands centres», affirme-t-il.

Mentionnons d’ailleurs que la tendance est à la baisse partout dans l’ensemble de la province.

Pour en revenir à la MRC de Maskinongé, les policiers se sont donnés comme missions prochaines de contribuer à une baisse des accidents mortels, des accidents avec blessés et une diminution du nombre d’introductions par effraction dans le secteur.

 

Des contraventions à 22$

Selon le policier qui a traversé les barrières de trois décennies avec l’uniforme, la profession a connu de grandes transformations au fil du temps.

«Le travail de policier a beaucoup évolué. Les lois ont changé et font en sorte qu’on a plus de moyens techniques, mais il y a tellement plus de rigueur. Ça demande qu’on ajuste notre travail. Par exemple, une arrestation pour faculté affaiblie: en 1978, c’était très simple. Si on suivait un char qui allait tout croche, on interceptait le véhicule. Si le gars sentait la boisson, on le mettait en état d’arrestation, on l’emmenait et on avait un petit rapport à faire. En l’espace d’une heure, tout était réglé.»

Selon le capitaine Dauphinais, en 1978 un patrouilleur arrêtait en moyenne 25 conducteurs par année pour facultés affaiblies, tandis qu’en 2012 cette moyenne est passée à 4 conducteurs, incluant les barrages et les accidents. La prévention et la répression jouent un rôle significatif dans la nouvelle approche des forces de l’ordre.

«Les amendes ont fait en sorte de dissuader beaucoup les gens. Dans le temps, une amende c’était 22$, pour n’importe quoi. Que tu n’arrêtes pas à un stop, que tu brûles un feu rouge, que tu roules à 100 miles à l’heure, c’était 22$ d’amende et pas de points d’inaptitude. Il n’y avait pas de conséquence», affirme-t-il.

De policier à retraité

Michel Dauphinais n’est pas du genre à se prélasser dans son divan. Pas question de s’ennuyer à la retraite.

«Je me suis préparé, je me suis acheté un gros bateau. Je vais voguer sur le Saint-Laurent et le lac Champlain. Je vais jouer au golf, au tennis et m’entraîner. Il faut que je garde une vie active. On vit tellement de choses dans un poste de police. C’est différent chaque jour. Il faut que ça se poursuive à la retraite», dit-il, le sourire aux lèvres, avant d’entrevoir un brin de nostalgie.

«J’ai été heureux dans ma carrière de policier. Ça va me manquer. Sûrement qu’en sirotant mon café, ou en lisant les journaux un bon matin, je vais me demander ce qui se passe au poste.»

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