L’usine de biométhanisation d’Énercycle entre en chantier à Saint-Étienne-des-Grès
SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS. Après plusieurs années de préparation, le projet de l’usine de biométhanisation d’Énercycle franchit une étape importante avec le début officiel de sa construction à Saint-Étienne-des-Grès. Évaluée à plus de 75,7 M$, cette première usine de biométhanisation sèche au Québec doit permettre de traiter localement les matières organiques recueillies dans les 37 municipalités de la Mauricie.
Pour Luc Dostaler, président d’Énercycle et maire de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, le chantier vient compléter le système régional de gestion des matières organiques dont la mise en fonction est prévue au début de 2028.
“Le projet de l’usine de biométhanisation, c’est un petit peu ce qui vient finaliser tout ce qui a rapport avec la collecte des matières compostables”, explique-t-il.
Depuis l’implantation du bac brun, les matières organiques recueillies en Mauricie sont toutefois traitées à l’extérieur des installations d’Énercycle. L’organisme souhaite maintenant devenir autonome pour cette étape.
“Pour l’instant, les matières sont collectées, mais on n’a rien pour les traiter à Saint-Étienne-des-Grès. Elles sont traitées à l’extérieur. C’était dans le plan de match de s’assurer de pouvoir être autonome à ce niveau-là et de venir compléter la boucle”, souligne M. Dostaler.
Une technologie adaptée à l’hiver québécois
L’usine reposera sur un procédé de biométhanisation sèche déjà éprouvé en Europe, notamment en France et aux Pays-Bas. La technologie a toutefois été adaptée aux réalités climatiques du Québec par les partenaires du projet.
Contrairement à la biométhanisation humide, le procédé retenu nécessite beaucoup moins d’eau et permet de traiter les matières pratiquement telles qu’elles sont reçues.
“C’est une technologie qui est assez simple. La matière va vraiment être placée dans des tunnels qui vont permettre d’extraire le gaz. Après ça, la matière qui va rester va devenir du compost”, explique Luc Dostaler.
Les installations seront aménagées à l’intérieur d’un bâtiment, avec des tunnels en ligne ainsi que des espaces destinés à l’entreposage, au tamisage et à la gestion des matières. Cette conception doit notamment permettre de maintenir des conditions contrôlées durant l’hiver et de mieux gérer les fluctuations saisonnières liées aux résidus verts, aux branches et au jardinage.
Le contrôle des odeurs a également fait partie des préoccupations d’Énercycle lors du choix de la technologie.
“On avait à s’assurer aussi qu’on ait un site à Saint-Étienne qui a des problématiques d’odeur. On voulait s’assurer d’avoir un procédé qui minimise au maximum. En faisant ça à l’intérieur d’une bâtisse, on va réduire encore une fois le contrôle des odeurs au maximum”, indique le président.
Aucun changement pour les citoyens
L’arrivée de la nouvelle usine ne modifiera pas les matières acceptées dans le bac brun.
“Il n’y aura aucun changement. Dans le fond, tout ce qui est permis en ce moment va demeurer permis”, confirme M. Dostaler.
Les matières organiques seront transformées afin de produire notamment du biométhane renouvelable et du compost. Le biométhane produit sera injecté dans le réseau d’Énergir.
L’usine aura une capacité de traitement d’environ 38 500 tonnes par année, ce qui dépasse les volumes actuellement recueillis en Mauricie. Cette capacité supplémentaire vise notamment à tenir compte de la croissance de la collecte du bac brun.
Selon M. Dostaler, plus de 65 000 tonnes de matières organiques ont été recueillies depuis le début de la collecte en 2023.
L’installation sera aussi en mesure d’absorber les périodes de pointe, avec une capacité technique pouvant atteindre l’équivalent d’environ 50 000 tonnes par année durant ces périodes.
“L’usine répond amplement aux besoins de la Mauricie actuelle et future”, estime-t-il.
Un projet de 75,7 M$
L’investissement total est estimé à plus de 75,7 millions de dollars. Le projet bénéficie d’une aide financière de 26 448 693$ des gouvernements du Canada et du Québec dans le cadre du Programme de traitement des matières organiques par biométhanisation et compostage.
Une entente de 20 ans a également été conclue avec le partenaire chargé du traitement des matières. Une fois l’usine en opération, Énercycle paiera un coût de service pour le traitement de la matière organique.
Pour Luc Dostaler, cette formule offre une meilleure prévisibilité financière.
“Si on avait fait traiter ça ailleurs, les coûts de transport, il y aurait quand même eu des facteurs plus grands. Dans mon esprit, en faisant ça de cette façon-là, on assure aussi un contrôle des prix et une meilleure prévisibilité pour le citoyen.”
La vente du biométhane produit permettra par ailleurs de générer des revenus pour Énercycle.
La construction doit se poursuivre au cours des prochains mois, avec une mise en fonction prévue au début de 2028.
