L’habit ne fait pas le moine pour Textiles Patlin

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Par Bernard Lepage
L’habit ne fait pas le moine pour Textiles Patlin
Du printemps 2020 à l'automne, Sonia Chevalier et son équipe ont complètement changé de production, passant des douillettes de lits aux jaquettes d'hôpital. (Photo : Bernard Lepage)

SAINT-PAULIN. Spécialisée dans l’habillement haut de gamme de fenêtres et de lits, l’entreprise Textiles Patlin s’est retrouvée du jour au lendemain à habiller… le personnel du réseau de la santé du Québec.

La dernière année a été mouvementée pour la PME de Saint-Paulin qui fêtera ses 30 ans d’existence en août prochain. La vice-présidente Sonia Chevalier se rappelle comme si c’était hier du vendredi 13 mars 2020. «On devait fermer l’usine, mais on nous a permis de terminer un contrat avec le CIUSSS Mauricie – Centre-du-Québec pour qui on confectionnait des rideaux séparateurs. La même journée, mon frère Patrice reçoit un appel pour vérifier si on pouvait faire des jaquettes d’hôpital. Ce n’était pas notre créneau, mais on s’est reviré de bord.»

En fin de compte, Textiles Patlin fabriquera 350 000 jaquettes, 40 000 pantalons et blousons et 4000 rideaux d’hôpital. L’entreprise de Saint-Paulin n’est évidemment pas en mesure de suffire à la tâche et c’est elle qui coordonnera le travail de 19 sous-traitants à travers le Québec. «Les commandes rentraient ici et on les répartissait parmi les autres usines qui avaient dû cesser leurs opérations. On a commencé avec les manufactures de la Mauricie, mais on a dû aller rapidement vers celles de la Beauce et du Bas-du-Fleuve. On avait deux camions cubes qui parcouraient le Québec, sept jours sur sept», poursuit Sonia Chevalier. À Saint-Hyacinthe, 3B Hockey et ses 250 couturières a pu reprendre ses activités grâce aux commandes que lui refilait Textiles Patlin.

Un an plus tard, la femme d’affaires est évidemment fière de son équipe qui a su relever le défi, mais avec les autres entreprises de l’industrie du textile, elle déplore que le gouvernement du Québec ait recommencé il y a quelques mois à redistribuer ses contrats avec la Chine.

«Là, il n’y a pas d’urgence car les hôpitaux ont de l’inventaire pour plusieurs années avec ce qu’on a produit. Mais ce qu’on a demandé au ministre Fitzgibbon, c’est de réserver un pourcentage des contrats pour le Québec. On le sait qu’on ne peut concurrencer la Chine au niveau des prix, mais là, c’est 0% qui est accordé aux entreprises du secteur.»

Les défis de la main d’œuvre

La PME de Saint-Paulin a embauché deux Péruviennes

ÉCONOMIE. Depuis l’automne dernier, la manufacture de Saint-Paulin a repris sa production régulière à la vitesse grand V.

«Le secteur hôtelier est demeuré tranquille, mais c’est tout le contraire dans le résidentiel. On a de la misère à fournir nos clients réguliers», lance la vice-présidente de Textiles Patlin dont la production est distribuée dans les boutiques de décoration, mais qui confectionne aussi des produits sur mesure pour des designers et des cabinets d’architecture.

«C’est frustrant d’avoir autant d’ouvrage et de ne pas avoir assez de monde pour le faire»

– Sonia Chevalier

«Notre problème présentement, c’est le manque de main d’œuvre», précise Sonia Chevalier. La moyenne d’âge de l’équipe de 40 employés est de 56 ans et trois couturières de plus de 60 ans s’apprêtent à prendre leur retraite. «Nous avons besoin de cinq couturières, deux aides à la production et une employée dans les bureaux», souligne Patricia Champagne, responsable des ressources humaines.

Les besoins sont tels que Textiles Patlin s’est tournée vers le bassin des travailleurs étrangers temporaires pour combler ses besoins. Deux Péruviennes, une tante et sa nièce, sont ainsi arrivées à l’usine de la rue Lottinville quelques mois avant le début de la pandémie. Des démarches sont également entreprises pour faire venir leurs conjoints qui sont aussi couturiers. «On les espère pour février 2022», souligne Patricia Champagne qui critique la lenteur et la complexité administratives du processus.

Parallèlement, Textiles Patlin investira plus de 750 000$ dans l’acquisition d’un équipement qui viendra, à compter de septembre prochain, automatiser certaines opérations difficiles à effectuer manuellement à cause de la longueur et du poids des matériaux. «Ça va permettre de doubler la production avec le même nombre d’employés, explique Sonia Chevalier pour qui la solution passe par l’automatisation et le recrutement de main-d’œuvre étrangère.

La rétention et l’attraction de la main d’œuvre à la PME de Saint-Paulin passent aussi par une bonification des conditions de travail. L’échelle salariale a ainsi été revue de fond en comble et tous les employés ont bénéficié d’une augmentation salariale de 1,50$ de l’heure il y a quelques mois. «On permet maintenant aux employés de faire leurs 35 heures en quatre jours et même de mettre de la musique dans l’usine. Puis l’été, on ferme durant trois semaines pour permettre à tout le monde de prendre ses vacances en même temps. On est comme une famille ici et on veut garder ça», termine Sonia Chevalier.

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