Le sarrasin de Louiseville aux quatre coins du Québec

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Par Bernard Lepage
Le sarrasin de Louiseville aux quatre coins du Québec
La farine de sarrasin produite à Louiseville se retrouvent dans toutes les épiceries du Québec. (Photo : tirée du site web www.jardinsricard.com)

PATRIMOINE.  Dans le cadre du Festival de la galette de sarrasin, Jardins Ricard ouvrira ses portes au public, la chance pour les visiteurs de découvrir le plus important moulin produisant de façon artisanale de la farine de sarrasin au Québec. 

La famille Ricard cultive le sarrasin depuis maintenant cinq générations. « Au début du XXe siècle au Québec, c’était une culture courante. Ça se sème tard au mois de juin, quand la terre est chaude. Comme ça pousse vite et ça produit de grandes feuilles, ça mettait le terrain à l’ombre et les mauvaises herbes avaient de la misère à y pousser », raconte Alain Ricard, membre avec son frère Pierre de la 5e génération de Ricard à perpétuer cette tradition. Dans les années 1930, environ 60 000 hectares de sarrasin étaient cultivés au Canada contre un peu plus de 2000 hectares aujourd’hui.

C’est le virage des producteurs dans les années 1980 vers les grandes cultures (soya et maïs) et l’utilisation d’herbicides pour enrayer les mauvaises herbes qui a porté un dur coup à la culture du sarrasin. « Nous, on a continué parce qu’on a déjà six camions de livraison et un réseau de distribution bien établi avec nos légumes », poursuit Alain Ricard.

L’entreprise de Louiseville transforme environ 300 tonnes de sarrasin en farine par année, commercialisée sous son propre nom, mais aussi sous les marques Moulin Bleu, autrefois produit dans un moulin à Saint-Roch-de-L’Achigan dans Lanaudière, et Moulin de la Carrière, initialement basé à Saint-Ursule avant d’être racheté en 2011 par Jardins Ricard. D’ailleurs, la meule de pierre du moulin de Louiseville, vieille de plus de 150 ans, était installée à l’origine dans le Moulin de la Carrière, de la famille Lemyre.

Partout au Québec

« Nous sommes dans toutes les grandes épiceries du Québec. Notre farine Jardins Ricard était déjà dans les Maxi et Provigo tandis que le Moulin Bleu avait ses entrées dans les Métro et IGA », souligne Pierre Ricard.

Quand la famille Ricard a acquis le carnet de clients de Moulin Bleu il y a quelques années, elle est devenue le plus important fabricant artisanal de farine de sarrasin de la province. « Il y a encore des moulins qui en font, mais en très petite quantité. Ils subsistent surtout grâce à leur vocation touristique », souligne Pierre Ricard en citant des moulins qui ont pris ce virage en Outaouais, les Bois-Francs, à Saint-Eustache ou plus près de nous à Bécancour et Pointe-du-Lac. « Leur seule façon de survivre, c’est de raconter l’époque où les moulins, c’était le cœur du village autrefois. »

Les Jardins Ricard transforme aussi du sarrasin pour de petits producteurs qui commercialisent ensuite la farine sous leur propre marque. « On a des clients comme ça qui viennent de Champlain, de Saint-Cuthbert, de Pierreville. Ils nous apportent leur sarrasin et reviennent chercher leurs gros sacs de farine », énumère Pierre Ricard.

La famille Ricard cultive elle-même près de 80 hectares de sarrasin, mais doit s’approvisionner à l’extérieur pour combler ses besoins. « À cause des pressions des écologistes, on a perdu le droit de cultiver sur de belles terres près du lac Saint-Pierre », déplore Pierre Ricard. La famille Ricard achète donc la production de petits cultivateurs, un à Sainte-Ursule notamment, mais aussi chez quelques-uns dans la région de Lanaudière. « On a un dans le Bas-du-Fleuve qui cultive le sarrasin en rotation avec ses pommes de terre, mais beaucoup vient aussi du Lac Saint-Jean », raconte Pierre Ricard.

Les visites du moulin des Jardins Ricard auront lieu les samedi 1er, dimanche 2 et samedi 8 octobre, entre midi et 16h. Vous pourrez voir fonctionner un ancien moulin à pierre moudre le sarrasin et visitez un champ de citrouille. Le départ se fait au coin de St-Laurent et Notre-Dame Sud.

Saviez-vous que…

La transformation du sarrasin en farine génère deux sous-produits qui sont revalorisées de manière étonnante. L’opération génère dans un premier temps du grué qui est utilisé comme alimentation animale. Des producteurs de moutons à Sainte-Ursule et de sangliers à Yamachiche s’approvisionnent notamment chez Jardins Ricard. Enfin, les écales qui contiennent l’amande du sarrasin sont réutilisées comme bourrure pour fabriquer des oreillers, des coussins de yoga et des coussins d’allaitement par une entreprise de Yamachiche.

Souvent pris pour une céréale – il est souvent appelé blé noir – le sarrasin est en fait une plante à fleurs, de la même famille que la rhubarbe ou l’oseille.

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