Le sable noir, un mystère sous nos pieds? 

ENVIRONNEMENT. Sur certaines plages de la -Mauricie, entre le sable doré et l’eau douce, une bande sombre se devine. En approchant un aimant, ces grains noirs y adhèrent aussitôt : signe qu’ils contiennent de la magnétite, un minéral ferreux naturellement magnétique. Ce phénomène, bien connu sur certaines côtes du -Québec, intrigue d’autant plus qu’aucune étude scientifique n’a documenté sa présence dans en -Mauricie.

La magnétite (Fe₃O₄) est un oxyde de fer reconnu depuis l’Antiquité pour ses propriétés magnétiques. Dans le contexte québécois, on la retrouve souvent sous forme de « sable noir », concentrée par l’action des vagues et des courants qui trient les minéraux selon leur densité.

« -La magnétite est plus lourde que le sable ordinaire. Sur les plages, on voit souvent une ligne noire en haut, parce que la vague, en avançant, transporte les sédiments, mais en reculant, elle perd de l’énergie et les grains lourds s’accumulent. Cela crée ces lignes noires, mais pour en arriver à des concentrations suffisantes pour justifier une exploitation, il faudrait vraiment des gisements importants », explique -Stéphane -Campeau, directeur du programme de premier cycle en géographie environnemental à l’UQTR.

Une usine pionnière

Le sable magnétique a autrefois pourtant fait l’objet d’une exploitation d’envergure. Selon des documents du -Centre -Archéo -Topo, l’histoire débute au milieu du -XIXᵉ siècle, lorsque -David -Têtu, ancien gardien de phare, remarque sur les plages de l’embouchure de la rivière -Moisie sur la -Côte-Nord, l’étrange présence d’un sable noir.

En 1865, lors d’une escale improvisée à -Moisie à bord de son voilier, il fait la rencontre de -Guillaume -Jean-Baptiste -Lamothe, chef de police et maître de poste à -Montréal accompagné de quatre fugitifs américains. Parmi ces criminels qui ont pillés trois banques durant la guerre civile américaine, l’un est passionné de minéralogie et il évoque la possibilité que ce sable renferme du minerai de fer.

Intrigué, -Lamothe envoie des échantillons à -Québec pour analyse. Les tests confirment que la concentration en fer est suffisamment élevée pour justifier une exploitation industrielle. En 1867, sous l’impulsion de -Têtu, de -Lamothe et du politicien -Luc -Letellier de -Saint-Just, la -Compagnie des -Mines de -Moisie est officiellement fondée. Quelques années plus tard, l’entreprise est renommée -Moisie -Iron -Company sous la direction de l’homme d’affaires -William -Molson.

Le sable titanifère est alors travaillé avec des techniques rudimentaires. Le minerai est séparé par magnétisme, puis fondu dans des fours au charbon de bois et des hautsfourneaux catalans pour produire des lingots de fer. En une seule journée, chaque fourneau peut fournir trois tonnes de métal, prêtes à être expédiées vers -Montréal ou la -NouvelleAngleterre.

Cette aventure pionnière est de courte durée. En 1875, la -Moisie -Iron -Company doit fermer ses portes. La hausse brutale des droits de douane américains, les coûts élevés liés au charbon de bois et la qualité parfois contestable du métal précipitent la fin de l’entreprise.

Un intérêt renouvelé

Au milieu du -XXᵉ siècle, alors que la demande mondiale en acier augmentait, le ministère de l’Énergie et des -Ressources naturelles, autrefois appelé -Ministère des -Richesses -Naturelles, a mené plusieurs campagnes de prospection entre les années 1960 et 1980.

Ces études, notamment par des relevés magnétométriques aéroportés visaient à quantifier les concentrations de minéraux lourds comme la magnétite sur les plages du -Québec en vue d’une exploitation industrielle potentielle. « C’était la première fois au -Canada et probablement en -Amérique qu’un tel relevé était fait sur les sables », -peut-on lire dans le document d’octobre 1969.

Ces recherches effectuées par avion ont confirmé la présence notable de magnétite dans plusieurs zones côtières, sans toutefois faire mention de la -Mauricie.

Un angle mort scientifique ?

Les recherches récentes dans les bases de données académiques et rapports gouvernementaux ne révèlent aucune publication ou inventaire détaillant la présence de sable noir riche en magnétite en -Mauricie.

Pourtant, des observations empiriques avec un simple aimant à la main, montrent que ce sable noir est bel et bien présent sur certaines plages fluviales et lacustres de la région.

Ce constat ne révèle pas pour autant un manque de connaissance régionale, mais plutôt une trop faible concentration pour y porter un intérêt économique. Selon M. Campeau, ce phénomène naturel relève plus de l’anecdote que du trésor enfouie sous nos pieds.