Le danger des lignes de bronzage

Le retour des beaux jours amène son lot de journées ensoleillées et avec elles, l’envie de se faire bronzer. Alors que se termine le mois de mai sous le thème de la prudence au soleil, une campagne de l’Association canadienne de dermatologie, la docteure Manon Toupin rappelle l’importance d’adopter des habitudes de protection solaire au quotidien.

Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca

La pratique des lignes de bronzage (tan lines) est une tendance présente sur les réseaux sociaux ciblant principalement les adolescentes et les jeunes femmes. Le principe est simple, mais comporte des risques : ne pas utiliser de crème solaire pour obtenir une démarcation claire du maillot de bain sur la peau.

“ C’est une pratique qui est préoccupante parce qu’il y a des dangers associés avec ça. En fait, on ne devrait pas se faire bronzer, tout simplement, car le bronzage est déjà un signe de détresse de notre peau qui est attaquée ”, commente la docteure Manon Toupin, médecin-conseil en promotion de la santé et prévention des maladies à la Direction de la santé publique.

“ On devrait accepter notre peau comme elle est. C’est le plus gros organe du corps, donc il faut en prendre soin. ”

Brûlures aux premier et second degrés à répétition, accélération du vieillissement, relâchement précoce de la peau et, pire, risque de cancer, sont les nombreux dangers associés au bronzage, rappele la Dre Toupin.

“ On sait que les rayons, que ce soit les rayons UVA ou les rayons UVB, vont abîmer l’ADN des cellules cutanées, ce qui va donner lieu à des petites mutations. Avec le temps, les mutations s’accumulent et on peut voir apparaître des cellules cancéreuses. Ces cellules-là vont se multiplier et aboutir à un cancer ”, explique la docteure.

“ Tous les coups de soleil qu’on a eus depuis l’enfance, la peau l’enregistre. Et ça va être 10, 20 ou 30 ans plus tard qu’une lésion va apparaître et qu’on va pouvoir diagnostiquer un cancer. ”

Le mélanome, bien qu’il ne soit pas le type de cancer de la peau le plus fréquent, est celui qui se développe le plus rapidement et qui est le plus mortel. La Société canadienne du cancer estime qu’au Canada en 2026, 11 300 personnes vont recevoir un diagnostic de mélanome et que 1 250 personnes vont en mourir.

La Dre Toupin insiste sur la distinction entre les rayons UVA et UVB, qui sont à la base de nombreuses croyances populaires. Les premiers ont une plus longue portée, pénètrent donc profondément et peuvent traverser les fenêtres, alors que ce sont les rayons UVB qui sont la cause principale des cancers cutanés, affirme-t-elle.

Certains réflexes à adopter

“ Je dirais qu’évidemment, il faut utiliser une crème solaire et l’intégrer de façon systématique à notre routine. Il faut éviter les heures d’ensoleillement entre 11 h et 16 h, c’est là qu’il est le plus dommageable et qu’il faut chercher l’ombre ”, rappelle la Dre Manon Toupin, citant les recommandations de la santé publique.

“ Idéalement, il faut se couvrir avec un chapeau parce qu’on peut avoir des cancers de la peau sur le cuir chevelu. Donc, porter des vêtements longs, mais légers, évidemment. Porter des lunettes de soleil et boire beaucoup d’eau. ”

Dans le cas où l’on désire un teint hâlé, la docteure suggère l’utilisation d’un autobronzant, mais sont à éviter “ complètement ” les accélérateurs comme l’huile de bronzage. Pour la crème solaire, il faudrait choisir une formule à large spectre, avec un FPS entre 30 et 50.

“ Il faut quand même en mettre une bonne quantité. Pour tout le corps, incluant le visage, ça prend 7 cuillères à thé de crème solaire. Il faut l’appliquer 15 à 20 minutes avant d’être exposé au soleil, puis il faut répéter aux deux heures. Si on se baigne, il faut en remettre immédiatement après, même si ça ne fait pas deux heures qu’on en a mis ”, précise-t-elle.

La Dre Manon Toupin rejette des mythes fréquents autour de l’utilisation de la crème solaire, selon lesquels elle empêcherait la production de vitamine D et qu’elle causerait le cancer de la peau. 

Selon elle, les dermatologues s’entendent pour dire qu’une exposition quotidienne de 5 à 10 minutes, six mois par année, avec une peau déjà protégée, suffit généralement pour l’apport nécessaire en vitamine D. Le vrai problème, insiste-t-elle, est plutôt l’utilisation inadéquate de la crème solaire, qui crée un faux sentiment de sécurité.

Des comportements à risques persistants

Même si les jeunes peuvent avoir eu connaissance des dangers des tan lines, les comportements à risques demeurent. Dre Toupin cite un sondage national de l’Association canadienne de dermatologie, dont les résultats ont été publiés en avril 2026.

Les résultats révèlent que 39 % des membres de la génération Z disent s’être fait bronzer intentionnellement au cours de la dernière année, et à peu près autant continuent de le faire. Malgré le fait que, toujours selon le sondage, 79 % se disent inquiets du cancer de la peau, seulement 22 % utilisent un écran solaire toute l’année.

D’autres tendances qui se dégagent du sondage concernent les facteurs qui incitent les jeunes à adopter ce genre de pratiques, le plus souvent associés à une meilleure confiance en soi.

Qu’est-ce qui explique que les jeunes ne soient pas sensibilisés à ces dangers, qui peuvent être mortels ? La docteure Manon Toupin se l’explique par un manque d’information, surtout vis-à-vis les conséquences réelles de l’exposition au soleil et sur le fait qu’un cancer peut toucher des personnes très jeunes.

“ On parle souvent de la pensée magique. Les gens se disent ”oui, c’est préoccupant, mais en même temps ça ne m’arrivera jamais.” Donc, c’est comme s’il y a un décalage : l’apparence physique et la confiance en soi viennent l’emporter sur les préoccupations de santé. C’est vraiment très préoccupant. ”

Elle rappelle que malgré une apparence bénigne, certains cas peuvent évoluer de manière fulgurante, mais surtout que la protection solaire n’est pas seulement une question d’esthétique, mais bien de santé.