La tortue Marguerite retourne enfin dans son milieu naturel
SAINT-MATHIEU-DU-PARC. Près d’un an après avoir été retrouvée grièvement blessée en bordure de la route 351, une tortue des bois surnommée Marguerite a retrouvé son habitat naturel le mardi 7 juillet à Saint-Mathieu-du-Parc. Derrière cette histoire se cache un geste simple, mais déterminant: celui de Josée Blier, technicienne de la faune au Parc national de la Mauricie, qui a refusé de laisser l’animal à son sort.
En juillet 2025, alors qu’elle revenait du travail, Mme Blier aperçoit une tortue immobile au bord de la route. Habituée d’observer cette espèce dans le cadre de son travail, elle comprend immédiatement que quelque chose ne va pas.
“J’ai vu qu’elle était blessée, qu’elle saignait à l’arrière et qu’il manquait une portion de sa carapace. Je me suis dit que je ne pouvais pas la laisser là”, raconte-t-elle.
L’animal semblait extrêmement affaibli.
“Normalement, les tortues s’éloignent quand on les approche. Celle-là ne bougeait pas du tout. Elle gardait la tête au sol. Honnêtement, je ne savais pas si elle allait survivre.”
Après avoir communiqué avec SOS Tortues, elle décide de ne pas attendre qu’un bénévole puisse prendre le relais le lendemain. Elle installe délicatement la tortue dans un bac de plastique, la couvre d’une serviette et entreprend elle-même le trajet jusqu’à l’Hôpital vétérinaire de Laval, première étape avant son transfert au Centre de réhabilitation des tortues du Québec.
“Je me disais qu’elle ne survivrait peut-être pas, mais au moins, je lui donnais une chance.”
Une longue guérison
Cette chance s’est finalement transformée en véritable succès.
Directeur de la conservation et de l’éducation chez Éco-Nature – Parc de la Rivière-des-Mille-Îles, Alexandre Choquet explique que Marguerite souffrait d’une importante fracture à l’arrière de sa carapace, vraisemblablement causée par une collision avec un véhicule.
“La carapace, c’est un peu comme notre squelette. C’est de l’os. Ça guérit très lentement”, explique-t-il.
La fracture a été stabilisée à l’aide de fils métalliques, mais la guérison s’est étendue sur plusieurs mois. Arrivée au centre vers la mi-juillet, la tortue n’avait pas suffisamment récupéré avant l’hiver et a donc passé la saison froide en hibernation dans les installations du centre de réhabilitation.
“Tous les animaux qui peuvent être réhabilités sont remis en liberté. Notre objectif n’est pas de les garder en captivité, mais de leur permettre de retourner dans leur environnement naturel.”
Selon les connaissances scientifiques, les tortues des bois retrouvent leurs repères même après une longue période de réhabilitation et demeurent fidèles à leur territoire d’origine.
Chaque adulte compte
L’histoire de Marguerite illustre également l’importance de protéger une espèce dont le renouvellement est particulièrement lent.
Âgée d’environ 14 ou 15 ans, Marguerite atteint à peine l’âge où une tortue des bois commence normalement à contribuer à la reproduction de son espèce.
“Les tortues atteignent leur maturité sexuelle très tardivement, souvent autour de 15 ans. C’est ce qui fait que chaque adulte est extrêmement précieux pour la population”, souligne Alexandre Choquet.
Les sept espèces de tortues d’eau douce présentes au Québec possèdent d’ailleurs un statut de conservation en raison des nombreuses menaces qui pèsent sur elles, notamment les collisions routières.
Une émotion bien réelle
Pour Josée Blier, la remise en liberté représentait l’aboutissement d’une année d’attente.
Après avoir reçu des nouvelles rassurantes du centre de réhabilitation quelques semaines après le sauvetage, elle avait laissé ses coordonnées afin de pouvoir assister au retour de la tortue dans la nature.
“J’avais vraiment hâte de la revoir. Je suis contente qu’elle puisse continuer sa vie de tortue”, confie-t-elle.
Technicienne de la faune depuis 14 ans au Parc national de la Mauricie, elle observe régulièrement des tortues traverser la route Saint-François, particulièrement durant la période de ponte.
“Malheureusement, on en voit qui se font frapper malgré les panneaux. Mais heureusement, il y a aussi beaucoup de gens qui les aident à traverser. J’aime mieux retenir ça.”
Un appel à la vigilance
Présente lors de la remise en liberté, Geneviève Richard, coordonnatrice de projets à l’Organisme de bassins versants des rivières du Loup et des Yamachiche et représentante de Tortue Action Mauricie, rappelle que les automobilistes ont un rôle essentiel à jouer.
Elle invite les conducteurs à redoubler de prudence de mai à octobre, particulièrement dans les secteurs reconnus pour la présence de tortues.
Elle encourage également la population à signaler toutes les observations, qu’il s’agisse d’une tortue vivante, blessée ou morte, sur la plateforme Carapace ou auprès du réseau SOS Tortues.
Ces données permettent notamment d’identifier les secteurs où les mortalités sont les plus fréquentes et d’orienter les mesures de conservation.
L’automne apportera d’ailleurs une nouvelle période critique, alors que les jeunes tortues quitteront les nids pour rejoindre les plans d’eau, augmentant à nouveau les risques de collisions.
Grâce au geste posé il y a un an par une citoyenne attentive, Marguerite fait désormais partie des survivantes qui contribueront, espèrent les organismes de conservation, à assurer l’avenir de la tortue des bois en Mauricie.
