La restauration écologique de la rivière du Bois-Blanc inspire le milieu agricole
MASKINONGÉ. Après plus d’une décennie de travail, de recherches et de concertation, les partenaires du projet de restauration écologique de la rivière du Bois-Blanc ont présenté le fruit de leurs efforts le 5 août dernier lors d’une démonstration en champ réunissant producteurs agricoles, conseillers et organismes du milieu.
Piloté par l’organisme de bassin versant AGIR Maskinongé, le projet visait à freiner l’érosion des berges, améliorer la qualité de l’eau et restaurer les fonctions écologiques de la rivière, tout en répondant aux réalités des entreprises agricoles riveraines.
” Ce projet-là, c’est l’aboutissement d’années de travail, de réflexion et de recherche de financement “, a souligné la directrice générale d’AGIR Maskinongé, Delphine Deléglise. Cette dernière assure que les solutions ont été développées en collaboration avec les producteurs plutôt que leur être imposées.
Le projet trouve son origine dans des suivis de qualité de l’eau amorcés en 2013. Ceux-ci avaient révélé des dépassements importants des critères de qualité pour les matières en suspension, les coliformes fécaux, le phosphore et l’azote, particulièrement dans la portion aval de la rivière.

Des caractérisations réalisées par la suite ont mis en évidence plusieurs problématiques, notamment l’érosion des berges, des bandes riveraines insuffisantes et diverses sources potentielles de pollution en milieu agricole. Un projet collectif a alors été lancé en 2018 afin de promouvoir les pratiques agroenvironnementales auprès des entreprises du bassin versant. Sur les 25 entreprises rencontrées, 15 ont finalement réalisé des aménagements ou modifié leurs pratiques culturales.
Huit ans après les premiers suivis, les résultats sont encourageants. Les concentrations de coliformes fécaux ont été réduites de moitié et une diminution significative de l’azote total a été observée. Si les améliorations concernant le phosphore et les matières en suspension demeurent plus modestes, les responsables constatent néanmoins une tendance positive.
Miser sur des solutions naturelles
Les travaux réalisés sur un tronçon de 3,5 kilomètres de la rivière reposent principalement sur des techniques de phytotechnologie qui utilisent les végétaux pour stabiliser naturellement les berges.
Au total, près de 6,6 kilomètres linéaires de bandes riveraines arbustives ont été aménagés et 4 440 arbustes ont été plantés. Des techniques comme les fascines, le bouturage de saules et de cornouillers ainsi que les lits de plants et plançons ont également été implantées dans les secteurs les plus sensibles à l’érosion.
Selon Marc-Antoine Bernier Racine, ingénieur de la coopérative Le RAPPEL, ces méthodes offrent une alternative aux ouvrages traditionnels en enrochement. ” La pierre règle le problème localement, mais déplace souvent l’érosion plus loin. Avec les végétaux, l’énergie de l’eau est absorbée par le système racinaire, ce qui stabilise davantage le cours d’eau à long terme “, a-t-il expliqué.
Le projet a également permis d’expérimenter un paillis biodégradable, utilisé pour limiter les mauvaises herbes lors de l’implantation des arbustes sans laisser de résidus plastiques dans les champs. Ce produit, commercialisé depuis 2024 seulement, représente l’un des premiers essais à grande échelle au Québec.

Convaincre les producteurs
Pour plusieurs agriculteurs, accepter de céder une partie de leurs terres n’allait pas de soi. L’érosion grandissante a toutefois pesé lourd dans la balance. ” Le seul gros problème qu’on avait, c’était l’érosion. La terre partait. C’est ça qui m’a convaincu “, a expliqué un des producteurs. Un autre reconnaît que les discussions n’ont pas toujours été simples. ” Mon père, au début, ne voulait pas perdre de terrain. On a trouvé la meilleure entente possible pour perdre le moins de terrain tout en réglant le problème “, a-t-il indiqué.
Les concepteurs du projet ont d’ailleurs dû revoir leur approche. Une première proposition prévoyait un élargissement du cours d’eau qui aurait nécessité un recul d’environ 30 pieds dans les champs. Cette solution a été rejetée par les producteurs, ce qui a conduit les ingénieurs à développer des techniques plus innovantes limitant le recul à quelques pieds seulement.
Des résultats déjà visibles
Les producteurs observent déjà certains bénéfices sur leurs terres. ” Là où ça décrochait constamment, il n’y a plus de coulées. Avant, il n’y avait pratiquement rien qui poussait à cet endroit. Maintenant, c’est juste du positif “, a témoigné l’un des agriculteurs.
Les responsables du projet notent également un retour de plusieurs espèces fauniques, dont le grand héron, le canard colvert, le renard et le coyote, en plus d’une augmentation de la biodiversité végétale grâce aux arbustes plantés. Le taux de survie des bandes riveraines atteint d’ailleurs près de 98 % après les premières années d’implantation, un résultat jugé très satisfaisant malgré certains défis liés aux conditions météorologiques et au broutage par le rat musqué.
AGIR Maskinongé espère que cette initiative inspirera d’autres producteurs agricoles confrontés à des problèmes similaires. ” Notre objectif aujourd’hui, ce n’était pas seulement de vous montrer un projet terminé. C’était aussi de démontrer que ce genre de projet est accessible et peut être reproduit ailleurs “, a résumé Amélie Saint-Yves, coordonnatrice du projet.
