La doyenne de la Mauricie mise en vente

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Par Bernard Lepage
La doyenne de la Mauricie mise en vente
Située sur la route du Pied-de-la-Côte à Maskinongé, la construction de la maison Doucet a débuté en 1765 et s'est étirée jusqu'en 1794 selon les documents disponibles sur le Répertoire du patrimoine culturel du Québec (Photo : Pier-Olivier Gagnon)

Le général Montcalm est mort sur les Plaines d’Abraham et le régime britannique en Nouvelle-France n’est en place que depuis cinq ans lorsque Charles Doucet, un Acadien victime de la déportation en Nouvelle-Écosse, entreprend la construction d’une petite maison de 9 mètres carrés à Maskinongé en 1765.

Deux cent cinquante-six ans plus tard, la maison Doucet est toujours debout et surtout, nouvellement sur le marché immobilier sur LesPAC… Son propriétaire depuis 2004, Louis Dupuis, l’a récemment mis en vente au coût de 189 000$.

Classée immeuble patrimonial en 1978 par le gouvernement du Québec, la maison Doucet est sans doute la plus ancienne résidence privée toujours existante en Mauricie. Le Manoir Boucher-De-Niverville à Trois-Rivières a bien été construit en 1668 mais il sert de musée aujourd’hui.

Construit en pièce sur pièce et avec sa toiture aiguë à deux versants,  le bâtiment est recouvert à l’extérieur de planches verticales peintes en blanc. «Elle constitue un témoignage de l’architecture rurale de la fin du XVIIIe siècle», peut-on lire sur le site du Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Durant plus de deux siècles, elle aura appartenu aux Doucet. «Je suis le troisième propriétaire qui n’est pas un membre de la famille», explique Louis Dupuis qui était évidemment au courant de sa valeur patrimoniale lorsqu’il l’a achetée il y a 17 ans. «Tous les documents historiques reliés au bâtiment sont conservés dans la maison. On se les transmet de vendeur à acheteur à chaque transaction.»

Fait peu connu, la maison Doucet a bien failli être démolie au courant des années 1970. Les terres agricoles rattachées au bâtiment avaient été achetées par un acquéreur qui avait idée de raser la maison alors à l’abandon pour récupérer le terrain. «C’est l’acharnement d’une dame de Saint-Justin qui a permis de la sauver», raconte Louis Dupuis. «Elle a monté un dossier avec des experts de l’Université de Montréal. Ils ont fait des plans pour la sauver. Des travaux de curetage ont été faits, c’est-à-dire que la maison a complètement été déshabillée, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur, pour ne laisser que la structure de pièce sur pièce. Elle a ensuite été remontée au complet.»

Des programmes disponibles

Louis Dupuis souligne que, bien que le cachet intérieur de la résidence s’harmonise avec tout le reste, c’est l’extérieur de la maison qui est classée historique par le gouvernement du Québec. «Ça signifie que tout projet de rénovation qui concerne l’extérieur doit être approuvé par le ministère de la Culture. En contrepartie, il existe des programmes d’aide financière pour payer une partie des travaux», explique-t-il.

La maison Doucet a été évaluée en 2020 par un spécialiste des maisons anciennes au Québec, Michel Martel. Le résident de Saint-Grégoire, à Bécancour, souligne que des maisons de plus de 250 ans au Québec, on n’en compte pas beaucoup. «Le secret pour conserver un bâtiment ancien comme ça, c’est de l’entretien continuel», fait-il remarquer. Même en bois, une maison peut durer 1000 ans si elle est bien entretenue, c’est-à-dire protégée des intempéries d’eau et de l’humidité. «Il y a des églises en Suède qui ont été construites il y a 1000 ans et qui sont toujours debout aujourd’hui.»

Avec sa conjointe Patricia Ayotte, Louis Dupuis confirme effectivement avoir mis beaucoup d’énergie à entretenir sa demeure depuis qu’il en est propriétaire. «Une partie de la toiture en bardeaux de cèdre a été changée l’an dernier. Des travaux de maçonnerie ont été aussi faits sur le solage et la cheminée de pierres. La fondation a été renforcie avec des pieux.»

Désirant voyager dans les prochaines années, le couple de Maskinongé a donc décidé de mettre en vente leur demeure non sans un pincement au cœur. «C’est de l’entretien une vieille maison et on va avoir moins de temps à y consacrer. Alors, on a décidé de la confier à quelqu’un qui aura envie d’en prendre soin comme nous on l’a fait jusqu’ici», termine-t-il.

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LUC RICHARD
LUC RICHARD
1 année

Un très beau témoignage de l’amour porté au passé historique et patrimonial de leur maison et de leur attachement profond a leur région, bravo au couple Ayotte Dupuis!

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La doyenne… à Sainte-Anne-de-la-Pérade - L'Écho de Maskinongé
1 année

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