« Je suis en paix avec ça » – Normand Trahan

JUSTICE. Le 10 novembre dernier, c’est avec une tonne de pression de moins sur les épaules que Normand Trahan a repris la route vers sa maison de Saint-Édouard, libéré des accusations criminelles de cruauté animale et de négligence envers les animaux qui pesaient contre lui depuis mai 2019.

« Si on n’avait pas eu les gens de la place pour nous encourager et nous dire de ne pas lâcher, ça aurait été beaucoup plus difficile. Ce soir-là en revenant du palais de justice, on s’est couché à 8h tellement la fatigue est tombée tout d’un coup », confie Jocelyne Cyr, conjointe de l’ancien propriétaire du Zoo de Saint-Édouard.

Les avocats de Normand Trahan avaient déposé le printemps dernier une requête en arrêt des procédures et en exclusion de la preuve remettant en cause la partialité de la SPCA de Montréal qui était responsable de l’enquête dans ce dossier. Après maints échanges avec le procureur de la Couronne au cours des derniers mois, un règlement a été proposé à la Cour supérieure qui l’a validé, évitant ainsi un procès.

« Normand a travaillé toute sa vie avec les animaux pis tout d’un coup, il serait devenu un criminel? Ce gars-là a porté des chemises à carreaux, des vieux jeans et des bottes à cap d’acier durant trente ans pour se rendre au zoo tous les jours. On ne voulait pas de poursuites criminelles, car Normand n’en est pas un », déclare Jocelyne Cyr qui déplore toutefois que le nom de son conjoint ait été traîné dans la boue et qu’il le demeurera longtemps pour ceux qui ne le connaissent pas.

L’idéologie de la SPCA

Dans la requête en arrêt des procédures, Me Michel LeBrun et Me Janie Thibault ont notamment déposé des éléments évoquant le non-respect des obligations déontologiques de la part de la SPCA de Montréal; des fouilles et perquisitions abusives; des mandats de perquisition émis avec des motifs insuffisants; ainsi que des abus de procédure.

Les deux procureurs de Normand Trahan ont plaidé entre autres que « la SPCA Montréal a débuté l’enquête (…) pour des motifs obliques liés à la promotion de leur idéologie antispéciste et de leurs politiques officielles[1] qui s’opposent notamment à l’utilisation des animaux à des fins de divertissement, comme les zoos. (…)  La SPCA Montréal a d’ailleurs publié des photos et des informations sur la perquisition au Zoo de Saint-Édouard sur son site internet en invitant les gens à faire des dons. La décision de saisir et de déplacer tous les animaux du Zoo de Saint-Édouard est donc arbitraire et dictée par les idéologies de la SPCA Montréal. »

« Ils veulent fermer tous les zoos et ils se sont servis de nous autres. C’est dans leur idéologie mais c’est nous qui avons écopé », lance Normand Trahan qui dit vouloir tourner la page dans ce dossier. L’idée d’intenter un recours contre la SPCA de Montréal a été envisagée mais rapidement abandonnée. « Normand va avoir 72 ans et moi, j’en ai 66. La situation a été trop difficile. Nos avocats nous disent qu’on a une cause qui est bonne à 100% mais qu’on va devoir attendre 8, 9, 10 ans avant d’en voir le bout. On vas-tu subir ça encore 10 ans de notre vie? Non, on n’est plus capable et ça a été trop difficile », souligne Jocelyne Cyr.

Par contre, le couple entend suivre l’évolution d’une pétition déposée à l’Assemblée nationale par le député Simon Allaire et signée par plus de 1500 personnes demandant  à « examiner le processus de nomination et de formation des constables spéciaux de la SPCA de Montréal. » « Il y a un problème de transparence à la SPCA de Montréal qui me dérange. Ils ont des droits de police qui devraient leur être retirés compte tenu de leur partialité », termine Jocelyne Cyr.