Francine Héroux, agricultrice de cœur et de passion
YAMACHICHE. Forte d’une expérience variée dans le monde agricole, Francine Héroux de la Ferme Hérouxel à Yamachiche s’est vu décerner le prix Agricultrice d’exception à la dernière Soirée Gens de terre et saveurs de l’UPA Mauricie. Son côté humain et son sens de l’innovation font que les gens qui l’ont côtoyé au fil des années la décrivent comme un pilier.
Considérant que les agriculteurs et agricultrices sont des gens qui se consacrent entièrement à leur travail, Francine a été surprise de se retrouver sous les projecteurs avec ce prix.
“Quand ils m’ont appelée pour me dire ça, j’étais vraiment déstabilisée. On a tous la même réaction. On se dit: on travaille tous très fort, je n’en fais pas plus qu’un autre. Quand j’ai vu les témoignages, après analyse, je me rends compte que c’est probablement la trace que j’ai laissée pour beaucoup de gens sans m’en rendre compte. C’est la personne que je suis au quotidien avec tout le monde. Ça fait quand même chaud au cœur de voir que tu es appréciée par tes pairs.”
Dernière d’une famille de six, née 11 ans après l’avant-dernier enfant, Francine a grandi sur la ferme familiale.
“On avait une ferme laitière. On avait aussi des porcs, mais c’était majoritairement des vaches. On a aussi une érablière familiale. C’était mon terrain de jeu quand j’étais petite. J’ai suivi beaucoup mon père sur la ferme. J’étais tout le temps dehors. J’aurais pu aussi ne pas avoir l’intérêt. Ça ne veut pas dire que ça vient naturellement même si tu vis cette jeunesse-là. Mais ça a collé à moi. J’ai tout le temps aimé ça, aller dans l’étable.”
Son conjoint, David, vient aussi du monde agricole. C’est grâce à Paul, le frère de Francine, qu’ils se sont rencontrés. “Il est venu chez mes parents chercher un chaudron et il m’a vu sous un autre jour. Notre relation a commencé comme ça.”
Francine a commencé à travailler à la Coop Agrivert à Yamachiche où elle a passé une quinzaine d’années.
“La majorité de la clientèle, dans ce temps-là encore plus, c’était beaucoup agricole. Ça a teinté mon parcours. Avec tous les producteurs du coin que j’ai connus, ça a été facilitant après. Encore aujourd’hui, les gens me voient et ils m’associent à la Coop.”
En 2004, Francine et David acquièrent la Ferme Gagnon, qui avait été vendue à un groupe d’investisseurs extérieurs au monde agricole.
“C’est là que notre histoire a commencé au niveau de l’agriculture. C’était une ferme maraîchère de petits fruits. On ne connaissait pas ça. On venait tous les deux du monde laitier, céréalier, mais on est deux personnes persévérantes. J’ai pris le kiosque de la ferme en charge. C’est là que tout a explosé.”
Le succès est tel que les ventes sont multipliées par cinq.
“C’est une belle histoire de tout près de 20 ans. C’est un peu ça qui m’a amenée au prix.”
En 2024, le couple surprend le milieu agricole en délaissant la production de fraises pour se lancer dans la culture de grains. Ils ont ainsi augmenté considérablement leurs superficies cultivables.
“C’est une opportunité qu’on n’avait pas vu venir qui s’est présentée à nous. L’achat de terres de grande culture, c’était un gros move. Cette opportunité nous a amené à réfléchir à qu’est-ce qu’on voulait pour le futur. Après une analyse d’un an, avec des fiscalistes, on a fait la transition. Notre associé à la Ferme Gagnon nous a rachetés. Il nous loue des terres pour qu’on fasse du maïs sucré.”
Le rôle de Francine dans l’entreprise a évolué avec ce gros changement. En plus d’être responsable des ressources humaines, sa polyvalence l’amène à effectuer une foule d’autres tâches.
“Je suis en soutien à tout le monde. On a quand même deux milles acres de terres à Yamachiche et Shawinigan. Les Jardins Dugré nous appartiennent toujours. On fait des desserts pour la ferme Gagnon et les Jardins fruités. On a gardé la production de bleuets. Et on a 12 travailleurs étrangers qui viennent. Je m’occupe d’eux de l’arrivée au départ.”
Sa bienveillance avec tout le monde joue sans doute beaucoup lorsque l’équipe de Francine la qualifie de pilier.
“Je suis quelqu’un qui aime le monde. Je suis toujours à l’écoute. J’ai toujours essayé d’aller chercher le meilleur de chaque personne. Un lien de confiance se fait naturellement. Au-delà d’être l’employeur, j’ai toujours eu ce côté très humain.”
Francine reconnaît que l’agriculture est d’abord et avant tout un métier de passion.
“Tous les agriculteurs le diraient. On ne compte pas les heures. On ne compte pas tous les aléas de la nature qui peuvent nous tomber dessus, qu’on n’a pas le choix de gérer. Si on n’a pas la passion, ça va être difficile de passer à travers ça. On aime travailler la terre. On aime voir le résultat que ça donne tous les efforts qu’on met.”
Comme un cadeau de la vie, les enfants de Francine et David, Raphaël et Maïka, ont eux aussi eu la piqûre du monde agricole.
“Maïka a fait ses études en travail social pour être travailleuse de rang en soutien psychologique aux producteurs. Elle travaille pour ACFA. Le printemps, elle garde une plage horaire pour faire les semis avec les gars. Raphaël, il prend la relève. Il est à temps plein avec nous dans l’entreprise. Il gère conjointement avec David.”
Avec ses deux enfants près d’elle, elle ne peut entrevoir l’avenir qu’avec optimisme.
“Je me dis qu’on est chanceux. Je le sens profondément. On a nos deux enfants proches de nous qui aiment l’agriculture. Ce n’est pas parce qu’on leur a tordu le bras. Ils ont toujours eu le choix de faire ce qu’ils veulent dans la vie. De les voir s’épanouir, qu’est-ce que je peux demander de mieux? Il n’y a rien qui peut arriver à ça. C’est juste beau.”
