Entrée en vigueur du DSN: le CIUSSS MCQ se veut rassurant

Alors que le système de santé s’apprête à vivre un tournant historique, le CIUSSS MCQ indique être prêt à déployer le Dossier santé numérique dans ses établissements. À compter de samedi, tout le personnel de la région travaillera avec ce nouvel outil. Un médecin et une infirmière du département des soins intensifs racontent leur préparation à cette transition et la fébrilité qui les anime à l’approche du jour J.

Avec le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, la Mauricie-Centre-du-Québec est une des deux premières régions à implanter le DSN. Le personnel est formé depuis plusieurs mois et effectue des simulations.

“C’est un projet de grande envergure qui va changer beaucoup notre pratique, convient le Dr Jean-Nicolas Dubé, intensiviste en médecine interne au Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR) de Trois-Rivières. Le grand jour va être en fin de semaine. Tout à coup, vers 4 h du matin de vendredi à samedi, on va passer d’un mode écrit, qu’on fait depuis longtemps, à un mode informatique où on va utiliser le système proposé par le DSN pour faire tout ce qui est communication et dossier médical pour nos patients.”

“On rentre samedi matin avec une fébrilité, une anxiété, ajoute l’infirmière clinicienne Élise B. Raymond. Ça se ressent sur le département qu’on va vivre le gros changement, mais on a hâte. On va tous le faire en même temps et on va s’aider. On a vécu la COVID, on s’est épaulé. J’ai l’impression qu’on revit ça, une équipe unie qui veut s’aider. En même temps, on a hâte de casser le stress. On pratique avec des noms un peu absurdes d’animaux dans le DSN, mais là, ça va être concret.”

Dr Dubé rappelle que le DSN n’est somme toute qu’un outil à la disposition des professionnels de la santé et qu’il pourrait à long terme faire économiser beaucoup de temps à remplir des documents.

“C’est un changement drastique de la façon de travailler mais ça ne change pas qu’on est des cliniciens, des médecins et des infirmières. On s’occupe des patients comme avant même si on change la façon de travailler. Ça demande un peu plus d’efforts et de temps pour permettre de faire ce changement-là mais que je pense qu’à long terme, va être très propice pour nous autres.”

“Nos soins à nos patients, dans l’immédiat, ne changeront pas, assure Mme Renaud. C’est la façon de documenter qui va changer pour donner peut-être plus de temps aux patients, moins de temps à gérer de la paperasse. Mais c’est sûr que si on parle pour les deux prochaines semaines, ça va être énorme comme changement.”

Dr Jean-Nicolas Dubé, intensiviste en médecine interne, et Élise B. Raymond, infirmière clinicienne, au département des soins intensfis du Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR) de Trois-Rivières.

L’appropriation du nouveau système par le personnel pourrait prendre de quelques semaines à quelques mois.

“Il faut faire le baptême de ça, croit Dr Dubé, et notre formation va continuer en travaillant dans le logiciel et le temps va faire qu’on va pouvoir l’améliorer. C’est là où on va prendre de l’efficacité. C’est correct qu’à un moment donné on tombe dans le feu de l’action et qu’on le fasse. J’ai confiance qu’on va y arriver parce qu’on est capable de travailler devant plein d’imprévus. On s’adapte et on va faire face à la musique. J’ai une certaine fébrilité pour la fin de semaine parce que j’ai hâte de l’essayer.”

Mme Renaud voit même des avantages à ce que la Mauricie-Centre-du-Québec soit une des deux régions “cobayes”.

“On a le privilège que ce soit nous qui soyons un peu le démonstrateur, avec Montréal. On a pu le mettre à notre image, on va travailler avec un logiciel en mouvement, l’équipe est là, on va pouvoir leur dire que ça, ça ne fonctionne pas, ça, ça fonctionne. On est là-dessus depuis septembre, octobre, à mettre en place des protocoles, il faut juste sauter dans le bain et le faire. Je crois que dans un an, on va se revirer de bord et se dire: je ne reviendrais pas en arrière, c’est la meilleure chose qui a pu nous arriver.”

Gagner en efficacité

Passer du papier au numérique permettra de suivre plus efficacement les nouvelles données au dossier du patient.

“À tous les jours, j’avais un dossier papier que je remplissais à toutes les heures. J’écrivais à la main la pression du patient. Maintenant, ça va être complètement lié à mon DSN. Je vais avoir accès à tous mes signes vitaux en temps réel.”

“Par exemple, il y a une prise de sang qui est anormale, illustre Dr Dubé. Des fois, avant que ça sorte dans le fax, que j’aie le papier, peut-être oublié sur le bout du comptoir… Là, ça va flasher, tel patient, tel bilan anormal. Les derniers laboratoires s’insèrent automatiquement. Je peux réagir plus vite.”

Le risque d’erreur sera réduit, pense Mme Renaud, car des balises sont en place et les possibilités d’erreur humaine sont considérablement réduites.

“Récemment, il y a eu une erreur. Le médecin, comme vous savez, ça n’écrit pas si bien, il a écrit un chiffre qui a été vérifié par une infirmière qui a vu un chiffre, vérifié par une autre personne qui a vu un chiffre différemment. Au final, ce n’était pas le bon chiffre. Maintenant, ils vont taper un chiffre. Donc, le chiffre est clair.”

“Au niveau de la médication, qui est quand même le plus gros risque d’erreur, je ne verrais pas en quoi ça pourrait provoquer des erreurs. Au contraire, il y a des balises qui nous disent: est-ce que c’est normal que tu demandes autant? En plus, ça fait un retour sur ma propre administration.”

Jour J

Pour les premiers jours d’opération en mode DSN, un surplus de personnel est prévu pour pallier aux imprévus et appuyer l’équipe en transition.

“On n’a pas l’impression que l’hôpital va exploser samedi. On va rentrer, on va aller voir nos patients, ils vont être bien soignés et ils seront documentés au rythme qu’on va le faire et personne ne va manquer de soins. Au-delà de tout ça, on s’occupe tout le temps des patients, même quand il manque de monde, même quand c’est la période estivale.”

“La façon de pratiquer la médecine ne change pas du tout, ajoute Dr Dubé. Je suis là pour mes patients. S’ils ne vont pas bien, on va faire ce qu’il y a à faire. On s’occupera du logiciel quand ça sera plus tranquille. L’important, c’est qu’au bout du compte, le patient ne souffrira pas de tout ça et il va avoir tous les soins comme avant.”