Chemise Empire: une fierté locale

Chemise Empire: une fierté locale
François Lizotte, président et directeur général de Chemise Empire. (Photo : Photo Pier-Olivier Gagnon)

LOUISEVILLE. Elles sont rares les entreprises qui peuvent se vanter d’avoir évolué pendant plus d’un siècle et d’avoir été la propriété d’une famille pendant quatre générations. C’est le cas de Chemise Empire qui célèbre 125 ans d’existence.

Cet exploit, l’entreprise le doit en partie à la famille Béland, à ses clients, mais surtout à ses nombreux employés. «Le succès de notre entreprise s’explique par la passion de nos travailleurs. C’est la base de tout. Sans ça, nous ne serions pas là et nous ne ferions pas des chemises ici, à Louiseville. Des exemples au sein de l’organisation, nous en avons plusieurs, dont Nicole Turenne qui a célébré 52 ans de loyaux services en août dernier. Nos gens sont passionnés par ce qu’ils font et c’est grâce à eux si on peut encore aujourd’hui produire des chemises ici avec autant de fierté», explique d’abord François Lizotte, président et directeur général de Chemise Empire.

Fondée en 1894 par Joseph-Édouard Béland, Chemise Empire a su traverser avec brio les tempêtes affectant l’industrie du textile, secteur malmené par la concurrence étrangère ces dernières années, tout en évitant le plus possible le transfert de ses opérations vers l’Asie, où les coûts de production sont moindres.

«Quand le marché canadien s’est ouvert à l’importation, ça a fait mal à l’industrie. Cette situation nous a amenés à nous réinventer et à trouver notre niche», indique M. Lizotte, qui a repris l’entreprise en 2017.

Marché de niche

Chef de file dans la confection de chemises d’uniforme, l’entreprise louisevilloise emploie 104 personnes, majoritairement des femmes qui demeurent toutes dans la région. Sa production s’élève à 200 000 chemises par année, dont la plupart seront portées par les différents corps policiers, ambulanciers et pompiers du pays, de même que par l’armée canadienne et la Gendarmerie royale du Canada, qui figurent parmi ses principaux clients.

«90% de notre production sont des chemises d’uniforme. C’est ce qui fait en sorte qu’on est encore là aujourd’hui malgré le fait que plusieurs entreprises ont fermé et ferment encore aujourd’hui dans l’industrie du vêtement. Nous sommes des survivants, car nous avons été capables de trouver un secteur dans lequel on parvient à se démarquer», confie  le PDG de Chemise Empire.

«Je nous compare souvent au village gaulois dans Astérix et Obélix, illustre François Lizotte. On est un peu à contre sens alors que les entreprises font de la délocalisation. En deux ans, on a réussi à embaucher une quinzaine d’employés. Je n’aurais pas cru ça possible et je n’aurais pas tenu ce discours-là il y a quatre ou cinq ans. On s’en allait plus dans la direction inverse. On a réussi à stabiliser la situation et à générer une certaine croissance.»

Chemise Empire mise quand même sur un modèle d’affaires hybride pour tirer son épingle du jeu et ne cache pas que dans certains cas, elle doit avoir recours à de la sous-traitance étrangère.

Élan de croissance

Le Canada compte trois manufacturiers d’importance dans l’industrie du textile, dont Chemise Empire qui possède 40 % du marché canadien. «C’est une part importante qu’on souhaite conserver», soutient M. Lizotte.

Pour assurer sa croissance, l’entreprise a récemment pris la décision de diversifier sa production en fabriquant des chemises sur mesure et de prêt-à-porter sous différentes marques et pour certaines compagnies.

«Le marché de la chemise d’uniforme est restreint tandis que celui de la chemise de toilette est illimité. On commence à avoir plusieurs petites collections et une masse critique intéressante. C’est ce qui représente l’autre 10% de notre production. On mise là-dessus pour se développer, car on sent qu’il y a vraiment un attachement pour les produits locaux et fabriqués au Canada. Il y a une demande pour les vêtements bien faits, avec de bons tissus et où l’empreinte écologique est très faible», remarque-t-il.

Main-d’œuvre et automatisation

Selon François Lizotte, Chemise Empire est une entreprise compétitive, encore plus depuis qu’elle a investi dans l’achat d’équipements à la fine pointe de la technologie et qui ont permis d’automatiser 55% de la chaîne de production sans perte d’emploi.

François Lizotte, président et directeur général de Chemise Empire, Hélène Béland et René St-Amant, anciens propriétaires. Photo courtoisie

«Ça permet d’avoir une qualité exemplaire et recherchée. Quand un client doit choisir entre une chemise faite au Canada ou une chemise faite à l’importation, même si le prix sera toujours plus bas à l’importation, nous avons un avantage, car notre délai de production est relativement court (quatre à cinq semaines) et on respecte nos dates de livraison. À ce niveau-là, bien souvent, le client est prêt à payer un peu plus cher pour avoir les chemises d’une meilleure qualité plus rapidement», précise-t-il.

Si l’automatisation d’une partie de sa production a aussi permis à l’entreprise d’atténuer les impacts de la pénurie de main-d’œuvre, le défi de recrutement demeure bien présent. Chemise Empire est toujours à la recherche de travailleurs et la bannière placée sur la façade de l’usine le confirme bien. Cette main-d’œuvre spécialisée doit toutefois être formée à l’interne dès l’embauche, en partenariat avec Emploi-Québec, puisqu’aucune autre formation pour occuper les postes disponibles n’est offerte à l’externe.

«Confiant en l’avenir»

Chemise Empire est à Louiseville pour y rester, assure François Lizotte. «On veut rester dans la MRC le plus longtemps possible. On a une bonne expertise. Nos gens sont spontanément enclins à partager leurs connaissances et leur passion avec leurs nouveaux collègues. Il faudra quand même travailler fort pour faire le pont avec les générations futures, mais tout est possible. Nous avons une bonne réputation. Il suffit d’y mettre les efforts et d’avoir des gens de la MRC qui voudront bien travailler ici. En retour, nous leur donnerons des chemises à confectionner», formule-t-il en guise de conclusion.

Suivez Pier-Olivier Gagnon sur Twitter: @POGagnon

Partager cet article

COMMENTEZ L'ARTICLE

avatar
  S'inscrire  
Me notifier des