Accès au logement : un défi accru pour les personnes à mobilité réduite

RÉGION. Dans un contexte de rareté généralisée des logements, l’accès à un logement adéquat demeure encore plus complexe pour les personnes à mobilité réduite en Mauricie, où l’offre accessible et abordable peine à répondre à la demande croissante.

Selon le directeur général du Bureau d’aide et d’information sur le logement adapté – Mauricie (BAIL-Mauricie), David Maden, les obstacles dépassent largement la simple disponibilité des unités. “ De façon générale, on observe une rareté des logements. À cela s’ajoutent des contraintes supplémentaires pour les personnes à mobilité réduite. Il faut que le logement soit accessible. Dans un immeuble sans ascenseur, par exemple, si les logements disponibles sont situés au troisième ou au douzième étage, ils deviennent de facto inaccessibles. Parfois, l’entrée même de l’immeuble comporte plusieurs marches, sans rampe d’accès. Dans ces conditions, une personne en fauteuil roulant n’a tout simplement pas accès au logement. Les contraintes liées à ces logements sont donc doublement importantes. Et même lorsqu’on peut entrer dans l’immeuble, cela ne suffit pas ”, explique-t-il.

La présence d’un logement au rez-de-chaussée ne garantit pas pour autant une accessibilité complète. “ Être au rez-de-chaussée ne signifie pas nécessairement que le logement est accessible. ” Il ajoute : “ Lorsqu’on parle de logements adaptés, il est difficile d’affirmer qu’un logement l’est pour les personnes à mobilité réduite, car chaque situation est différente. Dès qu’il y a une limitation fonctionnelle, les besoins varient d’une personne à l’autre. Les logements adaptés doivent donc être pensés sur mesure ”, précise-t-il.

L’enjeu ne se limite pas à l’accès au bâtiment. “ J’ai souvent dit qu’il faut que la personne soit capable de se rendre du trottoir jusqu’à la salle de bain ”, souligne M. Maden, insistant sur l’importance d’une circulation fluide à l’intérieur du logement.

À l’échelle régionale, la pression est particulièrement forte à Trois-Rivières, où se concentrent plusieurs services essentiels. “ Les besoins sont beaucoup plus importants ici, parce que de nombreuses personnes viennent s’y installer ”, observe-t-il. Les personnes à mobilité réduite quittent souvent les municipalités environnantes afin de se rapprocher des soins de santé, du transport adapté et des services de proximité.

BAIL-Mauricie accompagne actuellement une quinzaine de dossiers actifs, principalement dans les secteurs trifluvien et shawiniganais. Toutefois, M. Maden nuance la notion de liste d’attente. “ Nous travaillons sur une quinzaine de dossiers, mais il serait inexact de parler d’une liste d’attente, car cela sous-entendrait une garantie de résultat ”, explique-t-il. L’organisme agit plutôt comme intermédiaire, en recensant les besoins et en facilitant les démarches entre locataires, propriétaires et partenaires institutionnels.

L’accessibilité financière constitue un autre frein majeur. “ Nous avons observé des logements de type 4 1/2 affichés entre 1 500 et 2 000 dollars. Plusieurs personnes concernées ne sont tout simplement pas en mesure de se les offrir ”, mentionne-t-il. Cette réalité est accentuée par une concurrence croissante avec une population vieillissante à la recherche de logements similaires. “ La clientèle âgée recherche le même type de logements. Il en résulte une pression à la hausse sur les loyers et sur la demande ”, ajoute-t-il.

Malgré certaines avancées, notamment dans les nouvelles constructions, des lacunes persistent.

“ Même s’il existe des incitatifs, l’accessibilité ne semble pas toujours être une priorité ”, constate David Maden, évoquant des bâtiments récents qui demeurent inaccessibles en pratique. “ Il n’est pas nécessaire de réinventer la roue. Les codes et normes existants sont déjà applicables ”, affirme-t-il.

Parmi les pistes d’amélioration, l’organisme insiste sur l’importance de renforcer l’application des normes d’accessibilité et de maintenir le rythme de construction. “ La construction de nouveaux logements est positive, mais il est essentiel que les projets respectent la réglementation municipale et que les rez-de-chaussée soient accessibles. J’ai visité des logements dotés de corridors élargis, de portes adaptées et de salles de bain accessibles. Ces exemples démontrent qu’il est possible de construire des logements inclusifs sans coûts excessifs ”, propose-t-il.

BAIL-Mauricie rappelle enfin que ses services sont offerts gratuitement grâce à un financement de la Société d’habitation du Québec, qu’il juge perfectible. “ On pourrait certainement bonifier ce financement, ce serait souhaitable ”, conclut M. Maden.