À l’école dans le garage du voisin

À l’école dans le garage du voisin
L'enseignant David Morin, accompagné de ses élèves (Photo : Pier-OIivier Gagnon)

ÉDUCATION. Certains jeunes de Saint-Étienne-des-Grès vivent une fin d’année scolaire très différente de leurs amis qui sont retournés en classe ou qui font l’école à la maison.

Afin de dissiper les inquiétudes des parents face au retour à l’école, en mai dernier, un enseignant de l’école secondaire des Pionniers, lui-même résident de Saint-Étienne-des-Grès et père de famille, s’est offert d’enseigner aux enfants de sa rue.

L’enseignant David Morin, accompagné de ses élèves

«On devait prendre une décision à savoir si on retournait nos enfants en classe ou si on les gardait à la maison. Dans la rue, nous étions ambivalents. Ici, nous sommes tissés serrés et les enfants jouent toujours ensemble. On hésitait sur la décision à prendre. Même si on savait que les écoles s’organisaient pour que le retour s’effectue de manière sécuritaire, on se disait qu’il y avait toujours des risques avec le virus. On a finalement décidé de ne pas les retourner», raconte David Morin.

Sachant bien que ce ne sont pas tous les parents qui sont aptes à enseigner à leurs enfants, M. Morin a décidé d’offrir son aide. «Mes propres élèves du secondaire ne retournaient pas en classe pour terminer leur année scolaire. D’un autre côté, ça me manquait d’enseigner dans une classe et de voir les élèves. J’adore l’enseignement! J’ai levé la main pour aider. Il restait qu’à trouver un endroit où tout le monde pouvait respecter les deux mètres de distance et les mesures sanitaires.»

«Les jeunes sont motivés parce que c’est un milieu différent. Ça fait un peu école de rang»

– David Morin

Rapidement, l’idée a fait son chemin. Un voisin a volontairement proposé de transformer son garage en salle de classe et d’offrir l’accès à son réseau Internet sans fil pour les exercices qui demandent l’utilisation d’une tablette électronique ou d’un ordinateur portable.

Journée typique sur la rue Biron

Chaque matin, les élèves se rendent assidûment à leur pupitre improvisé et écoutent attentivement les consignes de Monsieur David. On retrouve huit élèves de tous les niveaux, de la troisième année du primaire jusqu’à la première année du secondaire. Ces élèves sont regroupés en trois familles vivant toutes sur la même rue. «Il y a les Morin, les Desaulniers et les Girard», montre l’enseignant.

Ces jeunes sont en classe de 8h30 jusqu’à 10h. Une période est ensuite allouée jusqu’au dîner pour bouger ou faire de l’activité physique. Le retour en classe s’effectue à 13h. Les élèves ont l’opportunité de jouer à l’extérieur ou de regagner leur domicile à pied ou en vélo à partir de 14h30. Même si l’atmosphère est plutôt détendue et que l’enseignant montre une certaine flexibilité, ce n’est pas la récréation pour autant à l’intérieur du garage. «C’est sérieux, ils travaillent vraiment de façon soutenue et intense, mais en même temps, ils n’ont pas les mêmes contraintes que dans une classe. On fait les travaux que les enseignants envoient. On fait imprimer tout ce qu’il faut et les élèves utilisent leur matériel scolaire. Aussitôt que tout est complété, vers la fin de la semaine, on tombe dans les cours que je monte moi-même, soit d’anglais, de sciences, d’univers social et d’art plastique», rapporte M. Morin, en soulignant au passage l’aide occasionnelle d’une maman.

Entre les cours qu’il donne à ses propres enfants et à ceux de son voisinage, David Morin enseigne également deux à trois fois par semaine à ses élèves du secondaire par vidéo-conférence.

A+ pour l’initiative

Alors que l’année scolaire tire à sa fin, Monsieur David se prépare à faire un dernier compte-rendu aux enseignants pour chacun de ses élèves.

C’est d’ailleurs avec le sourire aux lèvres qu’il exprime sa fierté d’avoir réussi à garder l’intérêt des jeunes envers l’école pendant cette période exceptionnelle. «L’expérience s’avère très positive. Les jeunes sont motivés parce que c’est un milieu différent. Ça fait un peu école de rang. C’est le fun de voir ça. Ils veulent apprendre et on a du plaisir. À la base, c’est une initiative personnelle qui a été appuyée par les parents demeurant dans la rue. Elle a permis de garder les jeunes allumés et motivés. J’ai plus de temps pour travailler avec eux. C’est différent de ce qui se fait dans les classes en temps normal», signale-t-il.

M. Morin tient quand même à souligner le travail que font tous ses homologues dans les écoles et en télétravail. «Je ne suis pas ici pour faire mieux qu’eux, ni pour les remplacer. Je viens les aider et j’épaule les parents avec l’expérience et les connaissances que j’ai. C’est vraiment ça l’objectif», conclut M. Morin.

Assurément, les élèves et l’enseignant conserveront des souvenirs inoubliables de ce séjour de sept semaines dans le garage du voisin.

 

Suivez Pier-Olivier Gagnon sur Twitter: @POGagnon

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