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L'intégralité de la réponse d'André Drouin

Mea culpa des journalistes

Marie-Ève Veillette par Marie-Ève Veillette
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Article mis en ligne le 13 décembre 2007 à 9:34
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L'intégralité de la réponse d'André Drouin
Mea culpa des journalistes
«Pour une rare fois, je suis en accord avec un avocat ou un juge. Julius Gray décrit bien ma pensée.
Mon expérience des 11 derniers mois me fait dire que beaucoup de journalistes auraient pu mieux faire leur travail, ne fusse qu’avoir au minimum lu les documents écrits émis par Hérouxville et par la suite par Drouin / Thompson. Très peu l’on fait. Au total, je crois qu’ils ont en majorité correctement rapporté mes propos. Cependant, en lisant leurs articles, je relève que souvent, dans La Presse, les journalistes y ont ajouté leurs propres convictions ou opinions personnelles. Un rapport d’évènement doit demeurer un rapport d’évènement. L’analyse d’évènement et les opinions de l’auteur de cette analyse est quelque chose d’autre. À titre d’exemple, lorsque Dubuc de La Presse écrit que notre mémoire à B/T est un torchon, il lui faudrait expliquer pourquoi pour que ces lecteurs soient correctement informés.

Le ou la journaliste de profession peut rapporter les propos d’une personne traitant les gens d’Hérouxville d’ignares, de cons, de cruches, de caves et tout le reste. Cependant, ils ne devraient pas en ajouter eux-mêmes. Rappelons-nous que les insultes et les injures sont la seule défense à la portée des faibles.

Sur ce point précis, je demeure surpris de réaliser jusqu’à quel point les gens se confinent et se plaisent à qualifier l’émetteur d’une idée plutôt que d’analyser l’idée émise. En fait, je retrouve dans cette façon d’agir une copie de ce qui se passe à l’Assemblée nationale et au Parlement. Voilà exactement pourquoi tout finit par tourner en rond dans ces vénérables enceintes.

Hérouxville n’a pas créé un problème. Hérouxville a dévoilé un problème. Les médias n’ont pas amplifié un problème, ils l’ont colporté. Le problème s’est amplifié parce que les élu(e)s (125 au Québec et 305 à Ottawa) qui, théoriquement, doivent solutionner les problèmes de notre société démocratique, n’ont pas su le faire. Un problème non résolu ne peut faire que grandir.

Un effet remarquable de cette inaction se reflète dans le fait que, dans la présente situation, les individus composant le peuple prétendent trouver eux-mêmes des causes au problème. Non pas une solution. Voilà pourquoi plusieurs blâment les immigrants. Pourtant la cause des accommodements religieux n’est pas les immigrants mais bien les politiques de l’immigration canadienne, la stratégie du multiculturalisme et la charte canadienne des droits. Et tant que nos 430 élus demeureront inactifs, les causes ne disparaîtront pas. Pourtant, quelque chose se produira bien puisque 70% des Canadiens et 80% des Québécois ne veulent pas d’accommodements religieux.

Lorsque je lis de Marissal «on a donné une importance démesurée à ces gens d’Hérouxville que plusieurs, avouons-le, trouvent un peu extrémistes», je me dis que ce message est «télégraphié» par la direction d’un journal. Si cette déclaration était faite en ma présence, je demanderais «pourquoi démesurée?» et «jugés extrémistes par qui?».

Parce que nous disons qui nous sommes, personne ne devrait nous qualifier d’extrémistes ou de xénophobes, racistes et tout le reste. Aucun groupe religieux ne devrait sentir le besoin de nous poursuivre en justice non plus.

Cette réunion de FPJQ a une vision locale. Jai une vision mondiale. L’Australie, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, la France, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, le Danemark, la Hollande, l’Angleterre, la Belgique sont les pays ayant été représentés par leurs journalistes venus à Hérouxville, sans oublier BBC, RDS, Radio Berlin, Fox, CNN, Radio Bejing, TF-1 et, du Canada anglais : Globe and Mail, National Post, Ottawa Citizen, The Gazette, Toronto Star et d’autres. Le sujet a une importance mondiale. Donc cette déclaration de Marissal est très réductrice et de vision bornée. Lorsque je lis au sujet de la crise identitaire du Québec, je pense à ces quelques dernières lignes…

En fait s’il y a une crise identitaire au Québec il doit y en avoir dans plusieurs autres aussi. Une telle simultanéité me laisse perplexe. Curieux hasard ? En fait, nous vivons ici depuis 400 ans et savons très bien ce que nous sommes, même si parfois nous semblons l’oublier. Ici comme ailleurs, la crise devrait se nommer «refus du multiculturalisme».

Admettons que politiquement «crise identitaire» permet à nos élu(e)s, nos intellectuels et intellectuelles, nos juges et avocats, nos journalistes de pouvoir longuement dialoguer, débattre et finalement remettre à plus tard, alors que «refus du multiculturalisme» définit un problème demandant une solution immédiate.

Je vous promets que les prochaines élections fédérales seront intéressantes et que la déclaration de Mustapha Kemal Ataturk refera surface : «Un politicien qui a besoin de la religion pour gouverner est un lâche.»

Pour ce qui est de Rachid Raffa, j’ai lu son discours de la FPJQ. Je conclus que nous sommes maintenant tous islamophobes. Depuis longtemps notre antisémitisme est constamment mesuré et évalué. Bientôt notre anti sikisme, anti mormons, anti adventiiste, anti Témoins de Jéhovah, anti tout finalement, feront bien un jour de nous des agresseurs et nous n’oserons plus dire ce que nous sommes….»

André Drouin

Hérouxville

9 décembre 2007

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