Les salaires proposés au privé étant près de 30% supérieurs à ceux offerts dans le secteur public, de nombreux pharmaciens, finissants comme plus expérimentés, se laissent tenter par le privé. De ce fait, 100 nouveaux pharmaciens seraient nécessaires dans les établissements de santé du Québec pour combler les départs à la retraite uniquement. L’ennui, c’est que seulement 40 à 50 étudiants finissent leurs études à chaque année et ils ne se dirigent pas tous dans le secteur public. «L’écart salarial est tellement important que les gens sont tentés d’aller dans le privé. Nous sommes peut-être les seuls professionnels de la santé pour qui c’est le cas. En comparaison, presque 100% des médecins et des infirmières travaillent dans les hôpitaux publics. Nous, 80% se retrouvent dans le réseau de pharmacies privées, versus 20% au public. Dans le privé, ils n’hésitent pas à augmenter les salaires, c’est plus facile: ils ne dépendent pas de subventions ou du gouvernement», témoigne Charles Fortier, président de l’Association des pharmaciens en établissements du Québec.
Conséquence: les pharmaciens en établissements vivent présentement la pire pénurie de leur histoire et présentement, la pire parmi les professionnels de la santé, selon M. Fortier, qui l’établit de quatre à cinq fois pire que celle que connaissent présentement les infirmières.
Si tout va bien, le tout pourrait prendre une tournure différente dès 2010 où est prévue une nouvelle ronde de négociations. D’ailleurs, c’est en prévision de ces discussions que M. Fortier fait le tour du Québec pour prendre le pouls de pharmaciens œuvrant dans les hôpitaux publics. «En ce moment, on prend le temps d’écouter les pharmaciens pour qu’ils nous informent de la situation qu’ils vivent, savoir comment s’est passé leur été avec les nombreux remplacements: tout ça pour mieux définir de nouvelles conditions salariales. Il faudrait fort probablement un ajustement salarial, mais est-ce qu’il faudrait aussi être plus imaginatif pour inciter la relève à se diriger vers le public? Est-ce qu’il faudrait offrir des bourses pour ça? C’est ce qu’on essaie de déterminer», explique-t-il.
Nouvelle réalité dans les hôpitaux: les pharmaciens dépanneurs sont de plus en plus en demande. Leur concours a augmenté de 74% en l’espace d’une année. «Ils ne sont pas une solution à long terme pour contrer la pénurie. Ils sont un peu comme des "plasters" et ce n’est pas avec des "plasters" qu’on guérit une plaie», indique le président de l’Association des pharmaciens en établissements.
