Personnalisez votre journal

L’art d’aspirer à l’éternel!



Publié le 9 Décembre 2008
Publié le 28 Janvier 2010
 

En cherchant la paix, j’ai décidé, il y a quelques mois, de ne plus écouter la télévision. La radio est chassée depuis longtemps de ma maison faute de la répétition perpétuelle du contenu et de la musique. C’est un Orgue de Barbarie, dont le cylindre noté est réglé selon la base commerciale, la base du profit, comme d’ailleurs toutes nos vies. Il nous faut une importante dose de conscience pour vivre à part de ces principes de la société que le pouvoir et, avec lui, les médias, ses meilleurs et plus fidèles serviteurs, nous imposent comme ligne directrice. Les journaux et l’internet sont les seules sources de l’information que je puisse accepter, sans me sentir agressée et très souvent je ne lis que les titres. Je peux doser la quantité, le moment et la durée de la lecture. La violence avec laquelle sont présentées les actualités dans nos médias est souvent plus élevée que celle des événements qui dessinent et donnent la couleur prédominante de notre tableau quotidien. C’est une industrie des produits préfabriqués, dont les éléments sont construits selon les modules de sensationnalisme. Mais, évidemment, cela nous appartient, à chacun parmi nous, selon notre conscience, de prendre ou de laisser. Il n’existe pas encore la loi, selon laquelle nous serons obligés d’y obéir, d’orienter nos vies selon la doctrine d’information.

En sachant qu’il y a du mouvement à Ottawa, j’ai allumé mon poste de télévision hier soir, pour écouter le Téléjournal de Radio Canada. Au bout de 10 minutes, j’ai reconnu une émotion qui envahissait mon corps. Une émotion indicible, mais à la fois très concrète. Il y a 20 ans, elle s’appelait la peur, la consternation ou l’accablement devant l’absurde. Aujourd’hui elle s’est transformée en répugnance. J’ai envie de vomir de l’odeur infecte qui s’émane de la bêtise humaine. Bien allumée, la bêtise brille en donnant une lumière fausse de la liberté et de la justice. Sa mèche est courte et des effets de son explosion, qui peut arriver sans que nous la voulions vraiment, sont néfastes. Elle s’est faufilée en silence, et s’est installée depuis longtemps dans les sous-sols de notre conscience, en attendant le moment favorable pour sortir. Alliée très forte d’insaisissable désir du pouvoir, elle côtoie quotidiennement ses meilleurs amis, le délire, la paranoïa et la haine. Un enthousiasme aigu, qui frôle le nihilisme et une force inhumaine qui réveille des esprits souterrains, lui procure la cécité collective et l’insensibilité de refus, qui montent tranquillement vers les têtes, déjà pas mal chauffées et sourdes aux cris rares qui déchirent le ciel. Et le ciel? Il risque de nous tomber sur les têtes.

Je reconnais les sourires livides et froids, avec lesquels les politiciens nous invitent à construire des barricades, à nous détester mutuellement et à plonger nos têtes dans la vase dans laquelle ils nagent déjà. Je reconnais l’assurance avec laquelle ils nous parlent pour nous convaincre que leur vérité est seule possible. Je reconnais les paroles et les devises des autres qui nous menacent par les punitions, comme des petits enfants rebelles et qui essayent de nous faire croire en démocratie et en leurs bonnes intentions. Je reconnais l’anxiété sur les visages des gens qui m’entourent, du peuple auquel j’appartiens, je reconnais l’hésitation, la confusion, la peur. Oui, c’est elle, la même que je sentais au début des années 90 au cœur de la Péninsule des Balkans, la péninsule de mes racines. La patate chaude, que les politiciens de différents partis et de différentes Provinces de l’ex-Yougoslavie se lançaient entre eux même, a fini, en se transformant en une bombe, entre les mains du peuple. La mort, l’exil, la destruction, la rancune, les blessures inguérissables, les maladies, la famine, la pauvreté, le déclin d’une culture, le néant. Voilà ce qui est resté après.

Le bilan de ce mécanisme irréversible où la peur devient la répugnance, la bêtise devient la catastrophe, le pouvoir devient l’arme la plus puissante sur la planète, est une abstraction de la raison, une abolition de l’altruisme, une négation de l’être.

Ne prenons pas le billet pour ce train là. C’est un billet d’aller, sans retour. La direction du voyage est un tunnel duquel il n’y a pas de sortie. Il n’y a pas, non plus d’autre pays, où nous pourrions immigrer, en essayant d’oublier ce qui ne s’oublie pas. Il n’y a pas d’autre planète ou nous pourrions être plus heureux. Il n’y en a pas, parce que ce tunnel détruit quelque chose, sans quoi nous ne pourrions plus exister; quelque chose qui est la raison d’être et qui fait que nous sommes tous liés, peu importe la couleur de la peau, ou la religion, ou la langue de communication; quelque chose qui est la base du respect, de l’évolution et du progrès; quelque chose qui fait naître la beauté, l’art et la continuité; quelque chose qui nous rend possible de toucher ce, si convoité, éternel, dont nous rêvons tous. Ce quelque chose, c’est l’amour!

La guerre est sa condamnation, le chemin, le plus sanglant et le plus inintelligent, pour réaliser cet art d’aspirer à l’éternel.

Moi, je n’y participerai pas. J’ai enterré mes armes dans le sol du passé, où je ne retournerai plus.

Anica Lazin

Saint Justin

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