De quoi sera fait 2010?

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Benoit Charette

De quoi sera fait 2010?

Il y a un an à peine, GM et Chrysler se retrouvaient sous la protection du chapitre 11 aux États-Unis. Quand une entreprise n'est pas en mesure d'assumer sa dette ou de payer ses créanciers, l'entreprise ou ses créanciers peuvent déposer une demande pour la protection de la faillite sous le chapitre 7 ou le chapitre 11 auprès d'un tribunal fédéral. Sous le chapitre 7, l'entreprise cesse ses activités, un mandataire vend la totalité de ses actifs et distribue le produit aux créanciers. Tout montant résiduel est retourné aux propriétaires de l'entreprise. Sous le chapitre 11, comme GM et Chrysler, le débiteur garde le contrôle de ses opérations et est soumis à la surveillance du tribunal. C’est le gouvernement américain qui est devenu propriétaire majoritaire et a vu à la restructuration. Un an plus tard, nous pourrions comparer GM et Chrysler à deux patients victimes d’une crise cardiaque. GM s’est remis de la crise, à même commencer à rembourser ses créanciers, mais il demeure un patient en convalescence, fragile. Chrysler, pour sa part, n’est pas encore sorti des soins intensifs. Il est vivant, mais a besoin d’une surveillance de 24 heures sur 24. Ford a déjà terminé son premier programme d’entraînement et s’apprête à retourner au travail. Mais qu’en est-il du reste de l’industrie et comment se pointe 2010 à l’horizon?

Selon le service d'analyses et de prévisions PricewaterhouseCoopers (PwC) Automotive Institute, le retour de la croissance de la production automobile mondiale pourrait se faire dès 2010. La production mondiale passera de 61 millions à 82 millions de véhicules en 2015, soit une baisse de 2,4% par rapport aux prévisions de 2008 (84 millions de véhicules). Toujours selon PriceWaterhouse, le secteur pourrait retrouver le volume de production de 2008 dès 2011: 68 millions de véhicules produits d'ici deux ans contre 66 millions en 2008.

Petite percée de l'hybride en 2015

Si à l'horizon 2015, seulement 0,5% des véhicules produits seront électriques selon les programmes annoncés à date par les constructeurs, l'hybride connaîtra, en revanche, ''une percée sensible'' et devrait atteindre 4,5% des moteurs produits en 2015. Quant aux équipementiers, ils interviendront en 2015 sur environ 90% de la chaîne de valeur du secteur automobile contre 75% actuellement. ''Ils connaîtront une consolidation et restructuration importante pour accompagner les évolutions du secteur'', souligne l'étude.

Peu d’espoir pour le 100% électrique à court terme

S’il était permis de penser que le développement de la voiture électrique serait à l’origine de cette avancée, PwC n’en fait pourtant aucun cas. Selon l’étude, même pas 1% du marché mondial sera «zéro émission» en 2015 et l’hybride ne fait pas beaucoup mieux avec 4,5% de la production estimée d’ici six ans. Par voie de conséquence, 95% des véhicules produits dans le monde seront encore à moteur thermique en 2015, ce qui douche les espoirs un peu trop optimistes des férus de l’électrique. Même si, par définition, les prévisions sont aléatoires, la révolution prendra du temps. À la lecture de ces données, les 10% de part de marché mondiale estimés par Carlos Ghosn pour l’électrique d’ici 2020 semblent bien optimistes.

Dernière surprise provoquée par le rapport de PwC, et pas des moindres: le regain de forme annoncé des équipementiers, peut-être les plus touchés par le contexte actuel. Alors que ces derniers interviennent actuellement sur 75% de l’ensemble du processus de fabrication, l’étude de cette année prévoit que cette proportion grimpera à 90% d’ici 2015. Peut-être de l’emploi supplémentaire en perspective pour les manufacturiers, mais également de la main-d’œuvre en moins du côté des constructeurs qui délèguent de plus en plus l’assemblage.

Finalement, la baisse massive de production en 2009 pour faire face à la crise ne pourra aller que vers le haut, selon la majorité des spécialistes. Toutefois, l’économie demeure fragile. Pour une des premières fois de l’histoire, les citoyens auront peut-être retenu quelque chose de la crise et changeront de comportement. Les faillites massives tant sur le plan professionnel que personnel aux États-Unis et ailleurs dans le monde amèneront, souhaitons-le, la population à être un peu plus prudente. Une prudence qui amène à la réflexion et à une consommation plus judicieuse. Il faut que les patients récupèrent et 2010 sera une année de transition pour biens des constructeurs.

Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2010. On peut également l’entendre à l’émission Dutrizac, l’après-midi tous les vendredis à 14 :05 sur les ondes du 98,5 FM à Montréal.
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