Le pari 100% électrique de Nissan

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Benoit Charette
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Le pari 100% électrique de Nissan

Benoit Charette

Los Angeles, Californie- Le grand patron de Nissan, Carlos Ghosn, n’est sûrement pas un homme superstitieux. Il avait choisi un vendredi 13 pour lancer le « Leaf Zero Emission Tour» pour faire découvrir aux Américains sa future voiture électrique Leaf. Dévoilée début août au Japon, la Leaf est une berline 100 % électrique capable de rouler jusqu'à 160 km/h et disposant d'une autonomie de 160 km grâce à un groupe de batteries lithium-ion. Sa commercialisation est attendue pour fin 2010 aux Etats-Unis et quelques mois plus tard pour le Canada. Des 22 villes qui Nord-Américaine qui seront visités d’ici la St-Valentin en 2010, Vancouver est la seule escale prévue au Canada, le 14 et 15 décembre prochain.

L’électrique sans l’hybride

À l’exception de l’Altima hybride, qui relève essentiellement d’une technologie Toyota, Nissan n’a jamais réellement développé les motorisations hybrides. Lors de sa présentation devant les médias au Dodgers Stadium, il a réaffirmé son intérêt d’aller de l’avant avec l’électrique. Nissan prend le risque de jouer le rôle de pionnier et d’ouvrir la voie à une nouvelle manière de percevoir l’automobile. Carlos Ghosn est reconnu comme un homme qui aime relever les défis et celui-ci en constitue un de taille. Lors de sa présentation d’une quinzaine de minutes, il expliquait que bien des gens veulent aller vers le 100% électrique et que la corporation Nissan-Renault prend les moyens de faire en sorte que cette réalité devienne possible d’ici 2012.

À l’heure actuelle, le constructeur négocie des partenariats avec des gouvernements, des villes, des fournisseurs d’électricité, des équipementiers, et des spécialistes pour mettre en place les fondations du 100% électrique. Autrement dit, des points de recharges, des modes de paiements et des accès aux véhicules électriques. Ou encore de convaincre les gouvernements de proposer aux acheteurs de véhicules électriques divers incitatifs comme des allégements fiscaux ou des réduction sur les péages et frais de stationnement. Un véritable défi de l’après pétrole. À ce jour, l'Alliance Renault-Nisan a déjà conclu 33 partenariats en vue du déploiement mondial des véhicules électriques. C’est également Nissan qui développe toute la technologie, y compris les piles. Carlos Ghosn sait très bien que ce projet va nécessiter des investissements massifs et que le retour sur l’investissement risque d’être long, d’atant plus que Nissan est loin de roul;er sur l’or en ce moment. En se positionnant à l’avant-scène d’un segment d’avenir comme l’électricité, Ghosn s’assure d’avoir non seulement les meilleurs billets pour le spectacle, mais de pouvoir aussi vendre des billets pour le spectacle. Tout comme Toyota a vendu sa technologie hybride à bien d’autres constructeurs, Nissan souhaite faire de même avec l’électricité et souhaite ouvrir la voie avec des partenaires et pouvoir ensuite monnayer le privilège à d’autres constructeurs de faire partie de ces alliances. C’est pourquoi Nissan fait l’impasse sur l’hybride, car l’espace de rentabilité de cette technologie est trop étroite.

La Leaf ouvre le chemin

À moyen terme, Nissan compte sur trois modèles de véhicules pour occuper le marché du 100% électrique. Le premier qui arrivera au Canada comme année 2012 est le Leaf. Sur le plan esthétique, il s'impose comme un modèle au gabarit moyen pouvant embarquer cinq passagers à son bord. Dotée d'une apparence proche d’une Nissan Versa avec un empattement plus long de 2 pouces. Elle affiche les dimensions suivantes : 4,45 m de longueur, 1,70 m de largeur, 1,55 m de hauteur pour un empattement de 2,70 m.. Ce véhicule électrique reçoit un moteur produisant 80 kW, soit 108 ch et 206 livres-pieds de couple. La combinaison du système de freinage régénératif et des blocs-piles novateurs au lithium-ion donne à la voiture une autonomie annoncée 160 km et une vitesse de pointe de 160 km/h. Suffisant donc dans le cadre d'une utilisation urbaine quotidienne. Si la Leaf peut atteindre jusqu'à 80 % de sa charge totale en moins de 30 minutes avec un chargeur rapide, elle demande environ huit heures pour une charge complète de sa batterie sur une prise de 220 V. Le déploiement d'un vaste réseau de recharge sera également l'un des facteurs de sa réussite, ou de son échec. Avant l'élargissement programmé d'une gamme de véhicules électriques, la Nissan Leaf représente donc un enjeu de taille pour son constructeur. La Leaf n ‘était pas disponible pour des essais, mais la EV-12 qui représente 95% de ce que sera la Leaf nous a permis de constater que la voiture est prête pour la commercialisation. Souple, puissante et silencieuse, j’ai même éprouvé un réel plaisir de conduire, considérant que j’étais au volant d’une véhicule électrique.

Le passage au tout électrique nécessite un gros travail sur les mentalités. Les automobilistes devront considérer l'usage d'une auto autrement. Comme mode de déplacement simple ? Au détriment du plaisir ? Carlos Ghosn s’est donné comme défi de changer ces mentalités. L’europe et le Canada sont prêts, c’est à mon avis sans espoir pour les Etats-Unis à moins que le pétrole s’affiche à 5 dollars le gallon.

Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2010. On peut également l’entendre à l’émission Dutrizac, l’après-midi tous les vendredis à 14 :05 sur les ondes du 98,5 fm à Montréal.
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